Homaïgaode

Le jardin des Tuileries est habillé d’un léger courant de soleil et les promeneurs desserrent les manteaux d’hiver. Mercredi, étendu sur une chaise métallique orientée vers la fontaine centrale, je souffle sur ce temps d’une lente douceur. Plus haut, au 107 rue de Rivoli, le musée de la Publicité resonne avec l’ultra-mode du moment : Psy(k)é Off The Wall affiche les courbes infinies et couleurs acides du rock franciscoan des années 1966-1969.

La rétrospective sur l’art graphique du mouvement baba cool est teintée de concerts d’époque en projections vidéos, de textes témoins ou de cette maxime que seul pouvait signer le vieux cow-boy traditionaliste, Ronald Reagan : « Un hippy, c’est quelqu’un qui se coiffe comme Tarzan, s’habille comme Jane et sent comme Cheetah ». à l’heure du revival du fluo, de l’Art Nouveau et du psychédélisme dans l’actualité vestimentaire et musicale, un regard sur ce passé anticonformiste sous LSD attise la curiosité historique. Clignez des paupières. Place de La Concorde, Rineke Dijkstra mure les salles de la galerie du Jeu de Paume de grands portraits photographiques qui rayonnent d’une simplicité troublante : des enfants ou post-adolescents, le regard fragile ou crâneur fixant l’objectif de l’artiste néerlandaise, trahissent leurs corps en cours de maturation par postures maladroites. Une dernière pièce accole deux écrans géants pour un Buzzclub magnétique : de jeunes nuiteux sont invités à s’isoler de l’environnement sauvage et collectif d’une disco pour être filmés devant un fond blanc clinique et continuer à agir comme s’ils étaient encore sur le dancefloor. Tels des animaux auscultés dans un laboratoire, la vidéo éclabousse le visiteur de toutes ses petites tares : de la frime idiote et vulgaire à la timidité mal contrôlée en flirtant avec l’entreprise de séduction et de pouvoir que renvoie un corps en danse. Plus que magique. Clignez des paupières. Jacques Desse sort de l’imprimerie, la première épreuve de son catalogue gay de livres anciens sous le bras, et nous rejoint pour un apéritif en terrasse du Bazooka. L’ami de dix ans raconte sa reconversion réussie dans le négoce de livres et « les heures de travail qu’a demandé la constitution de cette compilation de raretés ». Je bloque sur une photo de l’affiche de Querelle, réalisée par Andy Warhol. « C’est 150 euros », sourit Jacques. Clignez des paupières dans le lit en mezzanine d’un ASSA commandé sur Internet la semaine dernière. Jeudi, Maison-Rouge, centre d’art contemporain ouvert depuis un semestre sur le boulevard de la Bastille, se parcourt à l’inverse du Palais de Tokyo. Au squatt suffisamment en ruine pour faire « arty authentique et brutal » et passé spécialiste dans le conceptuel moche pour adeptes du foutage de gueules (voir actuellement Barthélemy Toguo), Maison-Rouge répond par un lieu convivial, propre et des premières expositions à fort intérêt rajouté. Après un sourire devant un putois en peluche, de trois mètres de haut, qui se tient la bite (par Paul Mc Carthy), je retrouve Yucko, Monsieur H. et Fabien à l’entrée de la Scène-Bastille pour l’open bar donné par Nova Magazine. Les Américano se vident. Fabien fait le crâneur avec ses Stan Smith argentés à velco puis me présente Madame Pipi sous les flashs : « Elle était aux toilettes du Pulp et tient maintenant un site de photos de soirées, damepipi.com. Elle est de toutes les fêtes parisiennes. » Seb Broquet part envoyer quelques disques amusants sur la piste. Je chasse des pimpos jolis, allume clope sur clope avant de cligner des paupières au QG dans des jeux de sexes rudes. Vendredi, Le Bimb et Dimitri forcent l’accent new-yorkais de « O my god ! » à chaque fois que j’ignore l’existence des modes importantes, de tous ces codes de l’avant-garde inutile. « Tu ne connais pas Butt !? Oh my god ! C’est un magazine pédé d’Amstedam que tu peux trouver chez Colette… Tu ne penses pas que Scissor Sisters, c’est un peu trop 2004 ? » Le couple adorable joue avec l’alcool au Duplex puis s’endort devant la vidéo de Party Monster en appartement. Clignez des paupières. Samedi accélère tout. Je retrouve Monsieur H. et friends au Baroucq afin de s’échauffer la gorge et rejoindre enfin la messe du high-clubbing, Otra Otra au Trabendo. Sur place, nous bisons, buvons et rions au milieu de gentle people que « seule une grande capitale internationale peut réunir » assure Fabien. Même si Didier Lestrade avoue « que la musique n’est pas bonne. ça ne va pas ce soir », très justement, il finit : « De toute façon, même quand ce n’est pas parfait, les gens nous défendent ». Comment pourrait-il en être autrement dans cette soirée merveilleuse où tout le monde se parle et danse ensemble ? Clignez des paupières. En matinée, Denis insiste pour un after aux Bains Douches. Je hurle, drunky, que je ne veux pas aller dans ce club pourri. Nous empruntons cependant les escaliers de l’ancien mythe et, en suite d’un baiser à Patrick Vidal et un harponnage raté sur un butch typé « Tom of Finland », je ferme les paupières.

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