J’ai attendu que mon pantalon remonte

Les deux passagères sourient à travers les vitres arrières de la voiture. Le conducteur stoppe au feu rouge, une vingtaine de panneaux de direction sur le pare-brise. Plus bas dans la rue, une tête sort dans le froid coupant. « Par hasard, vous ne m’emmèneriez pas à Honolulu ? » questionne un joueur. « C’est à l’hôtel de police que nous allons vous emmener », menace un flic dans son véhicule banalisé.


Mardi, une nouvelle flashmob réchauffe les manifestants sur le trottoir dans une simulation d’auto-stop global pour des villes aussi improbables qu’idylliques. Clignez des paupières. « Arrêtons de respirer, sinon nous risquons de passer la nuit ici », s’allège Sylvie Burgat coincée dans l’ascenseur qui peine à nous monter au premier étage du musée d’Art contemporain. Jeudi, le vernissage de L’oeuvre ultime d’Andy Warhol évite de justesse l’émeute généralisée tant à l’extérieur du centre d’exposition que devant l’entrée réservée aux peopleux. Trois mille premiers visiteurs courent les salles et croisent tout ce que la ville compte de petits ou grands notables. Les papiers peints aux motifs de Mao collent le regard aux pièces du pop-artiste, accrochées à la perfection. Les salles, dans une mise en labyrinthe filante et captivante, nous postent devant ces oxydation paintings sombres (plaques de cuivre mouchées de vert par l’urine) ou ces gems extraordinaires (trois tableaux de diamant visibles uniquement sous lumière noire). Clignez des paupières. Il est encore temps de présenter ses voeux lors du cocktail donné dans le grand salon du Hilton. Un jeune artiste allemand, imperméable crème sur pantalon zébré, propose : « Et si, au lieu de se souhaiter la bonne année, on se saluait par une gifle ? » Pierre David trouve la proposition excitante mais n’actera pas. Nous fermentons plutôt des scenarii de soumission sexuels pour quelques-unes des convives et vidons le champagne avec Isabelle Bertolotti, conservatrice du MAC et responsable de la grande exposition. Fraises en bouche, Super Pénélope et Agnès Renoult se toisent amicalement avant de scanner les hommes. Patrice Béghain fait son crâneur épaulé d’un très joli spencer qu’il a shoppé à New York. Il cligne des paupières au 10. Sur le comptoir de la disco, sous les cris d’encouragement et des flyers lancés en confettis, un jeune pompier s’initie au strip-tease. Tout le monde bave d’envie aux pieds du corps découvert et d’une belle bite à l’air. Reine Claude en mange son micro. Jacques Haffner rougit jusqu’au proche évanouissement. Victoria remerciera le dépoilé d’une pipe dans les chiottes et nous clignerons des paupières autour d’une bouteille de champagne débouchonnée à L’United Café en compagnie de Nathalie Veuillet, Wilfrid Haberey et amis. Vendredi, Rue Royale Architectes commet son pot d’agence annuel et, bonne habituelle, rempile dans la fête excessive et expositions touchantes. Laurent Vailler fracasse un coeur brisé en mille morceaux d’assiettes dans la cour d’immeuble. Et les scènes de bons ménages perdurent à l’étage. Fred de Boc résume, froc aux genoux, son voyage à Zanzibar : « Je suis descendu de l’avion et ai attendu que mon pantalon remonte. » Je drague un bel Antoine, kinésithérapeute, qui refuse gentiment mes avances : « Je passe mes journées à toucher, je n’en peux plus. Je n’en veux plus. » Pierre Obrecht, en crise avec ses quarante ans, se confuse dans les âges : « Tu te rappelles les verres Duralex au fond desquels, petits, on imaginait le chiffre gravé comme étant notre âge ? ». Perché sur un escabeau à essayer de voler une bouteille du bar en tube installé par Laurent, je subis l’agression d’un Vincent Girard, représentant optimal de la drunkitude générale. Isabelle Moulin sourit à son anniversaire. Guillaume Gelay boit son Jet Set 27, liqueur verte gelée et en fonte sous un rétroprojecteur pour former des cercles flottants au plafond. Clignez des paupières sur ce rendez-vous fabuleux. Je ne comprends pas l’intérêt amoureux ou symbolique de la signature d’un Pacs. Encore moins l’idée de fêter ce contrat de sous-mariage. Je me fous des unions officielles. Pourtant, samedi, A Jackin’ Phreak et Michel s’allient pour un abus de danses et picolages dans un Vercoquin en vrac. Atteints par les bons tanins de nos verres, La Drôlesse se frotte à Primabella en pleine crise discoïde sur un classique de Diana Ross et Super Pénélope se débat dans une chorégraphie impossible avec Frédéric Sicre. Toujours un peu absent, Christophe B. veut organiser un apéritif d’amitiés pour Katia, « qui prend sa retraite après trente-sept années de travail sur la rue Ferrandière. à cette heure, elle doit effectuer ses dernières passes. » Nous clignons des paupières en rires dans une voiture en roues libres vers la Presqu’île. Je finis par prendre la langue d’un pimpo au Medley, puis celle d’un jeune poilu doux et beau pompeur dans l’obscurité de La Jungle. L’inconnu me frotte. Mes mains caressent le duvet de son bas ventre. Il rit. Je suis bien. Fermez les paupières.

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