Théorie de la nuit

Le Gang de Strasbourg a encore frappé. On ne m’a pas encore confié pourquoi la mairie centrale employait tous ces sociologues et autres conseillers d’origine alsacienne alors qu’elle se vend comme proche de villes comme Barcelone ou Milan. Gérard Collomb n’est pas à une incompréhension près. Excuses, la géographie est tellement flexible en notre époque de surcommunications.

Ainsi, jeudi, un débat sur la nuit se tient dans une salle moquettée du Grand Lyon avec Luc Gwiazdzinski, directeur de la Maison du temps et de la mobilité de Belfort, et Thérèse Rabatel, vice-présidente du Grand Lyon et chargée de L’Espace du temps local. Naïf, je pense que l’annoncé débat attirera, autour des jolies tables institutionnelles, une flopée de pratiquants nocturnes, qu’ils soient consommateurs ou vendeurs. Rien. Avaient-ils été conviés ? Cela ne semble pas important au regard des découvertes merveilleuses de notre géographe du Nord et de l’élue, trop surprise « qu’à minuit, dans le métro, l’ambiance est super sympa et rassurante ». En résumé, soixante noctambules, certainement bien encadrés, ont passé une nuit avec les observateurs mandatés. Les cobayes ont dû juger la ville sur un calepin. « Ville splendide, bien illuminée, des bus modernes (mais hors de prix, ndlr) malgré sa segmentation sociale notable », synthétise l’étude. « La question du déplacement arrive en première problématique », argue Madame Rabatel. « Nous allons expérimenter un ligne nocturne de bus entre Terreaux et la Doua. Et puis, dans quelques jours, nous mettrons en place le Ticket Nuit à deux euros, valable de 19h jusqu’à la fin de service », répond un missionné du Sytral. J’appuie sur le micro et demande ce que feront les nuiteux d’Oullins, Gerland, Vaise ou du huitième arrondissement. « C’est une opération test avant extension dans d’autres quartiers de la ville », défend Monsieur TCL. On acquiesce devant tant d’efforts en direction unique. Je charge sur le projet de supermarché des loisirs au Gégé Confluent Dance Machine puis les horaires de fermetures des bars. L’élue, innocente, découvre que « contre les nuisances sonores, les boîtes de nuits sont bien agencées aujourd’hui : lorsque vous quittez le lieu, le portier vous fait passer par un sas insonorisé avant d’être dans la rue ». Évidemment, Madame, la loi l’impose depuis deux ans. Clignez des paupières sur ce temps bien perdu au milieu de décideurs contents de leur audace nocturne sans lendemain. Le week-end passera dans une occupation du dancefloor au DV1. Emmanuel B. m’entorse et embrasse pour chuchoter une relance sur « Qu’est-ce que l’amour ? Comment le vivre ? » La Drôlesse boit des drinks avec Cart One en dansant minimal house hypnotique lors de la soirée Divine, en route pour devenir un spot régulier à hurler des « youli » rageurs. Un joli gendarme sexy cherche de la drogue. Je fume mes dernières Merit. Le Petit Poucet, le corps en sourire et plaqué contre une girlfriend brune, danse sous les stroboscopes. Sévèrement fatigué, je ferme les paupières en écoute à faible volume du troublant « The day we met » de Skat (photo).

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