Saison pour flocons

D’un méritant « Madame aux Semelles Roses », est anoblie Catherine A. par Fred D. et Pierre Le Magnifique entre deux sauts dans le bac à champagne du 10. Jeudi, les amis rentrent d’une semaine de ski, sportive et prétendue non alcoolisée, et miment les déhanchés efficaces de Catherine sur les pistes : « Elle slalomait sur ses vieux skis des années 1980 qui laissaient des traces rouges sous ses chaussures. Malgré cet équipement d’un autre âge, c’était la meilleure d’entre nous. » »


Comme si le présent était insatisfaisant, Fred lance les invitations pour une grande fête dans la maison de campagne en juillet prochain et Philippe Chavent désire un week-end dans sa bâtisse du Sud « qui ne ressemble à rien que tu puisses imaginer ». De l’orbi, je veux voir ces prés verts, vaches gourmandes et petites volailles stupides. Il m’annonce « des sangliers dans la nuit, gros lézards magnifiques se dorant sur des pierres et scorpions dans les chambres ». Enfin, le restaurateur promet : « Tu goûteras mon alcool de scorpion ». Je cligne des paupières par l’odeur de ce venin alléché. Boire, noyé parmi des pimpos hystériques qui ne savent plus comment danser sur le rock de nos vingt ans, ne facilite pas ma compréhension des exposés artistiques défendus par Lionel à l’United Café. Le gentilhomme, qui porte la barbe « pour faire plus viril » et voltige dans les plaisanteries « parce que, un jour, vous m’aviez dit que je n’avais pas d’humour », frôle mes veines à chacun de ses verbes. Comme s’il avait autant besoin que moi de toucher, il glisse doucement dans mes bras et m’embrasse du bout des lèvres. Barth s’agace : « Arrête avec ce mec. Maintenant, on boit. » Je fume. Nous écrasons les mégots entre des « Le dernier album de Laurent Garnier est chiant » et « De toute façon, un deejay n’est pas forcément bon producteur et inversement ». La place des Terreaux séchée par le gel s’ombrage des colonnes de Buren qui, même « si elles ne sont pas droites », selon Lionel, nous ouvrent un passage vers le sommeil. Clignez des paupières en pointant le doigt vers la cheminée éteinte de l’aile Sud de l’hôtel de ville. Vendredi, en sortie d’un dîner chez Super Pénélope, je me fais kidnapper par Wilfrid Haberey, Denis et Olivier en chemin vers le DV1. Nous coupons l’habituelle file d’attente qui s’amasse devant la disco tels des habitués impolis et descendons aussitôt un drink pour assoiffés indignes. Les beats nerveux et trop froids battent le dancefloor. Pas envie de danser. Flore confie que « 2005 sera une année de productions ou ne sera pas » alors que son premier e.p, Boogie Child, s’est arraché comme les perles précieuses d’un collier dans les shops. Clignez des paupières. Samedi, le texto d’encouragement, « merde » sur l’écran, envoyé à A Jackin Phreak pour son futur mix au Batofar reste, en toute logique, sans réponse. Dans la rue, une vague de flocons rince les nuiteux. Leurs visages se couvrent de petits cristaux blancs. Leurs tempes se frisent par plissures des yeux redevenus enfantins. Ils pressent le pas en riant. En surplomb de la Presqu’île, De La Break commet sa première soirée drum’n’bass chez l’habitant. La Drôlesse ne sait plus depuis quand elle danse : « Si on compte en nombre de vodka, cela fait dix verres ». Le salon sautille sous le son joyeux de dj Flore. En station de repos dans le couloir, Stéphane B. me regarde draguer les hommes ou répondre des « youli ! » à Cart One. Clignez des paupières dans l’ascenseur retombant sur terrain ferme. Nous chassons les proies faciles au DV1 sans succès. Thiébaut, bel amuseur, me rassure d’une promesse : « Dès que je deviens gay, je te préviens ». Nous flashgordons à La Jungle où un serial fucker assure qu’il peut « imiter la voix d’une l’hôtesse de gare » et, plus certainement, qu’il est « tout ouverte ce matin ; je suis chaude pour être passive ». En étage de L’Apothéose, deux imprévisibles se plaquent sur mes jambes usées en rallonge sur canapé. Le plus insolent me masse la queue. L’autre m’insulte. Je me relève et danse sur le déconnectant et beau, Lonely People de Lil Louis avant de cligner des paupières. Dimanche, le 10 est mort. Jacques Haffner imagine déjà sa reconversion : « Je vais devenir top model ». Dans l’attente, nous enterrons la disco dans une série de danses orientales et trinques à rire. Debout sur le comptoir, Maya se tord le ventre. Patrice Béghain me surprend en pleine chamaille de langues avec un jeune homme amourable. « Je ne t’avais jamais vu embrasser quelqu’un en public », sourit-il. Un journaliste décrit ce qu’il appelle « le tourniquet » : « Je me débraguette et fais tourner ma queue en public ». Clignez des paupières. Encloîtré dans les toilettes, je laisse mon embrasseur de la soirée s’agenouiller pour pompage puis vomir son trop plein d’alcool. Il relève sa tête de la cuvette et cache sa gêne d’un : « Bon, d’accord, je dois partir maintenant ? » Je le bise avant de fermer les paupières, nos corps en contraction sur un sofa du défunt bar.

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