Les sangsues


Le brutal passage du froid anesthésiste du bon temps de ce milieu de mars porte mauvaise semaine. Un trop plein de vagabondages dans le noir et ce sommeil, qui persiste dans l’imparfait, embrument cerveau et gorge. J’ai de la fièvre. Tout est bloqué. La sale crève. Celle qui n’achèvera pourtant pas. Clignez des paupières.


Ainsi, je ralentis l’étourdissement. Les rayons du soleil traversent la peau et grattent la libido enroulée dans sa couette bien épaisse. Le corps en faiblesse s’oppose à l’esprit enrhumé mais désireux de toucher et baiser un autre. Je dévisse la raison et ferraille avec une lucidité emmerdante. Les beaux jours vont ouvrir une suractivité nouvelle et gonfler cette attitude ancienne qui ne me va plus tellement bien au teint : utiliser des amants comme les objets de ma non-affection défendue tout en internant ce désir de vivre autre chose, de monter amoureux pour une correction des formes et une liaison neuve avec la vie. J’ai besoin de hauts cieux pour me dégager de ce souterrain en routine. Il me faut entreprendre une séduction où je ne serai plus solitaire, fier et hautain, mais simple demandeur perméable. Transpirer le besoin. Être plus sensible. Clignez des paupières. Jeudi, j’éternue à La BF15 lors du vernissage des planches dessinées de Pauline Fondevila (artiste chargée de l’identité visuelle des Nuits Sonores 2005), François Olislaeger et Francecs Ruiz dans l’exposition minutieuse, Metacomics. Toute au ralenti, attablée en extérieur, Nathalie Veuillet pense déjà à Ex-Pasolini, nouvelle performance de Là Hors De, entreprise à Saint-étienne les 31 mars et 1er avril prochains. Pas peu fière des 55 000 visites déjà enregistrées pour son exposition Warhol, Isabelle Bertolotti admet que le jeune directeur technique du Musée d’Art contemporain est plutôt beau gosse et vavavoum. Elle esquisse un sourire avant de filer au loin. La Drôlesse parlemente fiestas sans fin et dégénérées avec Prousty et Vincent Carry avant de cligner des paupières. Les paquets de cigarettes tombent dans les bronches encombrées. Des mouchoirs blancs épongent le mal non soigné. Vendredi, sous une lumière noire intense, Reine Claude se babine les lèvres de crème jaune fluo et embrasse ses enfants chéris au Lax Bar. Jacques Haffner semble comme absent, même s’il provoquera la galerie en montrant son cul avec incitation au coït immédiat. Kary redessine mes sourcils en vert luisant et je cligne, fatigué, les paupières. Samedi, rue de la Thibaudière, l’air est suffisamment doux pour griller quelques clopes devant la vitrine du Vercoquin. Au coeur de la nouvelle cave, Frédéric Sicre et Claudius trinquent et se débattent avec Catherine A. et Philippe Chavent. En suite de la révélation faite par Philippe sur les activités de son « grand-père qui tenait une boutique de sangsues dans le quartier Cordeliers », nous imaginons les pires utilisations de cette marchandise pompe-sang : « Que faisait-on de ces limaces une fois qu’elles avaient sucé leurs pleins ? Un dégorgeage ? Une salade pour le déjeuner ? Comment se passaient les périodes de soldes ? » Catherine tourne de l’oeil. Claudius recadre les échanges et remonte le temps des révolutions blacks, celles des Donna Summer, Sylvester, du Palace ou d’un lointain Studio 54. Clignez des paupières. Un parking géant sans Caddies aligne les voitures en face d’un hangar à Eurexpo. Des club kids, les cheveux bien peignés et les t-shirts encore secs, courent vers l’entrée. Les barrières métalliques tracent le parcours vers les salles d’Hypnokik, grosse rave indoor. A Jackin Phreak fixe, émerveillé, les projections de formes psychédéliques sur les ballons blancs perchés au plafond. La foule joue upliftin sur le live des Allemands Alter Ego et nous visitons l’ensemble des salles à danser qui grouillent de belles gueules banlieusardes. En accord de sensations, Emma et Cart One admettent que « cette soirée fait carrément Foire du trône ». Nous en rajoutons en nous moquant de l’agencement des espaces tellement « posés, là, comme des merdes » qu’il sera préférable de descendre quelques drinks. Même avec cette sévérité de jugement, la nuit amuse et rend fort : voir la réussite de cette entreprise de techno gigantesque est forcément encourageante pour le futur festif de la région et à soutenir pour l’alternative, même cheesy, proposée aux usés par les discos « traditionnelles ». Clignez des paupières. En face d’une fille en pleurs pour mieux attirer son mâle, nous coupons les « tu » en « vous ». Mon échange téléphonique avec Vitalic, en début d’après-midi, me dérange. L’artiste star me tutoya comme si nous étions amis depuis des années et me mit, ainsi, mal à l’aise. J’éprouve toujours tant de difficultés face à cette intimité de « milieu » ou de génération. Je ne supporte pas ces fausses connivences que l’on peut lire souvent dans les magazines de djeun’s. Je n’aime pas le « tu » exclusif et corporatif. J’emploie le « vous » par respect ou mise à distance de ce qui n’est pas mon monde. Même si le Dijonnais est mon idole. Fermez les paupières.

0 comments on “Les sangsuesAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*