Sur une robe bleue

Mercredi, dans l’écouteur du portable, Andrea semble heureux d’avoir retrouvé la Joconde. Le bel Italien passe ses journées dans Le Grand Louvre et se navrait, il y a peu, de la disparition provisoire de la croûte plaquée au fond de l’aquarium blindé. « Oui, elle est enfin à moi », se soulage cette voix à s’ouvrir grande la bouche pour mieux l’entendre s’accrocher dans le silence d’un baiser. Clignez des paupières.


Une rambarde d’escalier s’étale en travers de la Galerie Néon. Comme prise d’ivresse, l’installation de Cécile Meynier se vernit dans la simplicité d’un unique objet chargé de déplacer la perception de ce réel qui n’a rien de statique. Dehors, La Drôlesse trinque d’un jus de fruit avec Emma et Cart One. ébouriffé par une nouvelle structure capillaire, Ty Von Dickxit vole au secours de l’ennui provoqué par ces beaux-ardeux laissant pousser leur triste mine sur le trottoir. Nous nous traitons de tous les noms mais nous promettons le plus bel avenir. Le deejay se prend un verre dans le ventre et sourit face aux jolies petites ventes réalisées par son CD mixé, Wychatwiche, dont le packaging a été luxueusement réalisé par la Kanardo Family. Clignez des paupières. Au Café 203, le froid nous gèle en terrasse jusqu’à plus soif. Manu Cédat est sorti le nez zippé par la chirurgie après sa chute d’une échelle. L’handicapé ne fera aucun strip tease et masquera ses narines recousues d’un postiche de clown. Un Clément, bel homme renversable, scanne la salle à la recherche « d’une fille brune que je n’ai vue qu’une seule fois et avec laquelle je viens de reprendre contact. » Nous testons sa vérité : « Oui, enfin, avouez : c’est un premier rendez-vous pris sur Meetic. Elle doit porter quoi comme signe distinctif ? Un exemplaire de Libé sur une robe bleue ? » Clignez des paupières. Déjà Super Pénélope avait booké son week-end pour rejoindre le prochain Sonar Festival du 16 au 18 juin, à Barcelone. Vendredi, au musée d’Art contemporain, nous invitons Isabelle Bertolotti, grande addicted aux choses électronisées, à nous accompagner dans un nouveau pèlerinage catalan. La conservatrice s’étincelle le visage puis se ravise : « Non, je ne pourrai hélas pas venir avec vous. J’ai un vernissage ici. » Clignez des paupières. Ici, dans le hall retapissé de wallpaintings warholiens, Scratch Music fait défiler des as des platines MK2 en figures de style hip hop bluffantes. Les marches du musée sont gradins pour b boys en casquettes retournées et suivants un mouvement de poussins qui picorent le bon grain. Clignez des paupières. Les Vendredi 13 n’en finissent plus de fêter la sortie de leur compilation éponyme (disponible sur www.vendredi13.org) et occupent toutes les pièces d’un appartement en Pentes. Dans la chambre, Prousty se verrait bien dans un lit avec ces deux paires de jambes féminines assises près de son beau parlé. Nous descendons un mauvais verre de vin en matant la vidéo projection d’un Louis De Funès en grimace sur le mur de la cour d’immeuble. Clignez des paupières. Le basement du DV1 ne jouit pas d’un acharnement extatique. Carl Finlow ennuie vraiment avec son live linéaire et sans aucun goût. Céline, co-ordonnatrice de cette soirée Divine, refuse de croire que le trip musical du laptop est à programmer avec précaution tellement l’exercice peut s’avérer catastrophique. Si personne ne danse, le bar s’anime de jeux idiots et les drinks nous guident vers une indignité certaine. Une assoiffée me tend une de ses boucles d’oreilles que je force dans mon lobe gauche. Emma se redresse : « Mais, tu as un trou dans l’oreille ? Depuis quand ? Il ne s’est pas bouché ? » Je suis le premier surpris de pouvoir faire dégouliner ce pendentif alors que cette histoire de boucle d’oreille date de ma jeune adolescence. Clignez des paupières. Samedi, hypnotisé par les motifs psyché d’un projecteur à roue d’huile, A Jackin Phreak porte toujours cet air de bel autiste tombé dans un monde qui lui appartient et que, seuls, quelques proches peuvent décrypter. Le deejay-producteur balance son dernier morceau à sortir chez Mental Groove, en mai, avant de monter le son du téléviseur lorsque Radio FG mixera son « Pong Jacks », autre titre produit pour la compilation de la firme à jeux, Nintendo. Clignez des paupières. Chemin pour Le Medley, l’avant-soirée partagée avec ce freak méconnu en Presqu’île me convainc : pour obtenir reconnaissance des Lyonnais, il vaut mieux passer par Paris ou ailleurs. C’est un constat assez récent, désolant et agaçant. Mais, ô hélas, ma ville ne sait pas promouvoir ses talents. Elle est uniquement capable de notabiliser quelques têtes et ne se risque pas à parier sur les jeunes prétendants. Clignez des paupières. Lionel me baise dans l’entre-salle de la disco rétro en chorégraphie sur des chants régressifs. Je fais couler l’amertume d’une vodka Campari dans ma trachée, relisse ma nouvelle moustache de future pornstar gay des années Studio 54 puis fermerai les paupières dans une insomnie à L’Apothéose, eldorado du tout ou rien.

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