Wallpainting Lady Diana

Mardi, sous Le Péristyle, Super Pénélope voudrait quitter la ville pour toujours car « ici, je n’avance pas. Toutes ces personnes avec lesquelles nous n’avons plus rien à dire. Toutes celles que l’on connaît par coeur. J’ai envie de me retrouver dans l’anonymat d’une capitale, devoir faire des efforts, parler à des inconnus, reconstruire une nouvelle vie. » Clignez des paupières.


Dans le même état d’esprit que ma protectrice, la fin de saison est traditionnelle période pour désirer tout foutre en l’air. Las de saluer des têtes dont j’oublie parfois le pedigree. Déprimé face à ces cinq cents habituels nuiteux ou ces deux mille journalistes-communiquants, hommes politiques et agents de cultures. Avec tous ceux-là, des référents et codes que je maîtrise et use avec affreux détachement. Les petits rôles pour frime à degré zéro. Les commentaires creux pour masquer les conflits de l’arrière-boutique. Les courtisans maladroits qui, au moins, complimentent les intégrités restantes. Clignez des paupières. S’éjecter hors de cette bien confortable salle des fêtes ou attendre, avec patience, qu’un clown vienne casser les chaises, jeter les plateaux d’argent sur l’orchestre et nous faire éclater de rire, bêtement, dans un élan de fière stupidité. Se libérer des repères fixes. Clignez des paupières. Mercredi, des soldats tirés au fil de plomb brouillent l’écran de Naqoyqatsi dans les Nuits de Fourvière. L’obéissance, la compétition, l’expérimentation, la destruction ou la surconsommation se mélangent les pixels dans ce manifeste dépassé et si peu dérangeant. Nous préférons alors la musique de Philip Glass en illustration bien plus sensible et vagabonde. Clignez des paupières. « J’ai décidé d’adopter le look de Jackie Kennedy », tape, en plein dans la fashion, Super Pénélope au Bauhaus bar (17, rue Sergent-Blandan, quartier Martinière) pendant que Cart One raconte son dernier passage au Kabaret’s Prophecy londonien, club chic où Paris Hilton a pris habitude de se repoudrer le nez : « Tu sors une clope et un mec est derrière toi pour te l’allumer. Tu poses ton verre sur une table, tu le reprends et un autre type vient nettoyer la table aussitôt en enlevant le cendrier. » Clignez des paupières. Vendredi, allongée sur une chaise longue en face de la ville, La Drôlesse finit son drink en conversation avec Simon, Denis et Wilfrid Haberey. En pleine terrasse à la Duchère, la compagnie Là Hors De donne son dernier apéritif avant une nouvelle série de picolages programmée en septembre. Clignez des paupières. Sur les nouvelles Guinguettes, il est difficile de différentier tous ces chalets, le bois clair dans le sable et la sono à fond pour capter le chaland. Devant la buvette Ville de Lyon, La Drôlesse pointe : « Regarde, tes amis journalistes sont tous là. » Nous flashgordons vers un espace moins institutionnel et rejoignons Nadine Gelas, Patrice Béghain, Gilles Pastor et Michel Chomarat en paix dans le belvédère de Chez Pol’eau. Entre deux coups de fourchette sur cuisses de viande grillée, Patrice lève bras au ciel et proclame : « Notre seule présence ici suffit à faire de cette guinguette la plus chic. » À peine en désaccord avec ce coup de frime, Gilles esquisse son travail sur Derek Jarman tandis que je conçois, au pied d’un verre de vin, une grande expo dédiée à Lady Di qui occuperait tous les étages de l’ancien Musée des Postes. Clignez des paupières devant Mika fieraçant aux bras de Gilles et Michel dans une Ruche en excellente tournure éthylosexuelle. Telle une messe dans la cathédrale, Nathan Fake (photo) joue ses échos aériens depuis l’hôtel du basement au DV1. Les corps comprimés s’étirent en hauteur jusqu’à mise en pointe de nos pieds en rebonds. Les visages dégoulinants de sueur tirent le bord des lèvres vers des oreilles en fonte sur un son si beau. De ce paradis trouvé, les drinks se succéderont jusqu’au petit matin et Vincent Carry ne lâchera plus le comptoir. Clignez des paupières. En étage diurne de L’Apothéose, un amant multishot tente, sans succès, de harponner un troisième élément pour une baise en cage. « Dommage, je t’aurais bien maté en train de le sauter », se désole-t-il. Clignez des paupières. Samedi, trop turbulents pour suivre tous les concerts, nous organisons au bar de Jazz à Vienne un concours de drague. Vinciane insiste pour jouer la rabatteuse de gentilshommes. Un ivrogne prétend que je « suis le Mal, un homme dangereux ». Sur scène, Medeski, Martin and Wood se raccordent à un trio de cuivres qui ajoutera encore plus de superbe au concert. D’inaugurale loop « Chicago / Lot of respect / Chicago / Lot of respect », Laurent Garnier et Bubble Wesseltoft courront jusqu’au mythique Acid Eiffel dans tous les sens du rythme avec quelques maniérismes lourds. Nous fermons les paupières sur ce long voile blanc agité par les images d’un Jamie Lidell, cabot et drôle, croonant pour les beautiful people en relaxation sous la Verrière des Cordeliers.

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