Monumental killers

Elle revient de Paris et le plaisir trouvé à Rambuteau maquille son visage de traits joyeux. Les yeux dans l’excitation d’une voie ouverte avec de nouveaux amis, Super Pénélope passe commande à Du Côté de… chez Xane (26, quai Saint-Antoine, quartier Cordeliers). Mardi, les coups de fourchette ne suivent plus les mises au net qui nous passionnent : cette première nécessité à rencontrer de nouvelles personnes, à lâcher celles qui refusent le mouvement, ou jugent nos actes contraires à des relations amicales tranquilles et ne reposant plus que sur une non-absence routinière. Expulser l’ancien stérile. Provoquer le nouveau fertile. Clignez des paupières.


Mercredi, les louches de sangria splashent de gobelets en plastique à des bouches bavardes chez Eardrum, vinyl-shop de la place du Griffon. L’apéritif entre deejays et gueulards aimables se boit en tirs croisés. Virginie analyse le marché actuel des galettes en acétate, en meilleure forme que ces trois dernières années, avec A Jackin Phreak. Le dj-producteur complimente la tenue sixties de « Super, Méga, Ultrajaimie » en tirant à doigts goulus sur une assiette de candies. Au dérapage sur la mort d’un Américain sodomisé par son cheval survenu le jour même, Benjamin court-circuite mon apologie de la zoophilie : « J’ai, à la maison, un amant régulier qui a une bite énorme et il me défonce déjà pas mal le cul. Alors, un cheval… » Rico voudrait croire qu’un chat ou un chien qui lui lécherait les bourses ne le dérangerait pas. « Oui, tu vends la zoophilie comme l’avenir de l’homme, mais, bon, tu es incapable de passer à l’acte. Quand tu auras décrit ta première expérience avec un animal, on en reparlera », me latte une converseuse. Clignez des paupières. Cécile Paris Chaffard réapparaît, jeudi, en terrasse du Café 203. Le portable serti de faux diamants, elle clique un premier drink pour la nuit future. Agoria flashgorde par la rue et se prend un compliment de Super Pénélope dans sa nouvelle monture de lunettes rectangulaire. Je suis là sans y être, trop empoisonné par mes démêlés avec cette tête qui surchauffe. Clignez des paupières. Quelques mètres plus tard, Jacques Haffner ouvre les portes du Paradiso dont il sera le nouvel agitateur pour peopleux et suiveurs de modes légères. En pleine rue surpeuplée de vieilles boutiquières masculines, j’attrape le bras de Jean-Luc Very en pré-vacances et peu avare de bons mots : « Ton pull, tu l’as acheté à l’Armée du Salut ? » me claque-t-il avant de reprendre un ballon de rosé à ivresse. Patrice Armengau zoome sur le ventre en obus d’une future mère. « à mon époque, les femmes cachaient leur grossesse », se positionne dans un autre siècle le dandy. « Tu n’es tout de même pas né au XIXe », souris-je. Clignez des paupières. Le bruit des guitares électriques ne dérangent pas notre assise sur les rochers romains au bar des Nuits de Fourvière. Thierry Pras nous confirme que « s’il n’y avait pas LCD Soundsystem en fin de programme, la limite du supportable l’aurait déjà fait quitter le théâtre ». Dans l’attente de la bonne heure, la pleine lune sort rousse de l’horizon pollué et se dénude en blanc total sous le firmament. Le Goldenboy me passe un drink aux doigts et nous rejoignons le parterre de faux rockers face à la scène. Pour la troisième expérimentation du concert des New-Yorkais après La Vapeur à Dijon et le Sonar à Barcelone, je laisse mon menton se bloquer vers le ciel et mes nerfs machiner un corps hypnotisé par la musique. Le génie du groupe réside, pour l’essentiel, à prétexter du rock pour ne jouer que du disco bizarre et traîner l’ironie au sol. La voix de James Murphy se féminise, rage dans une tronçonneuse d’échos sonores ou se balance dans un siphon sans issue et ravageur. Plus malin et moderne est une rareté que l’on ne trouve pas dans ces nouveaux groupes électro-rock insignifiants. Clignez des paupières sur une reprise impressionnante d’un titre de Carl Craig, délicieusement interminable et embringuant le public dans un délire d’ongles pointés en rapaces. Au deuxième passage dans Le Paradiso, la chaleur moite fait tourner à fond « le climatiseur portable de Françoise » (Rey) selon Claudius. « Je reste près d’elle afin d’en profiter », s’éponge le gentilhomme sur la banquette rouge pendant que la belle augmente la fréquence de papillonnement de son éventail. Claire Carthonnet presse ses épaules contre celles de Philippe Chavent et porte sa coupe de champagne telle une grande dame. Clignez des paupières. Je négocie avec Gilles Pastor un deal improbable : « Tu ne veux toujours pas être mon nègre ? J’écris un roman que tu signeras. En échange, tu écris ma chronique que je signerai. » Le metteur en scène suggère que l’avenir de cet article hebdomadaire soit plus fictionnel. L’idée me plaît mais la réalité est autre. « Ce que je vis semble parfois tellement impossible pour certains lecteurs que mentir ne m’intéresse pas. » Alors nous dansons sans accord. Patrice Béghain me bise et je ferme les paupières dans un rêve où j’aurais le grand rôle du monumental killer.

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