Mirages télématiques

Comme pour rassurer le bon peuple qu’il n’est pas tout seul dans un palais de dictateur provincial, Gérard Collomb sort en bande. Mercredi, il s’est plu à saluer avec insistance ses adjoints venus inaugurer le Marché-Gare, nouvelle salle de concert pour groupes à vrais instruments.


Dans cette cage jaugée à 300 places debout et enjambant l’entrée du marché au gros de Perrache, je souris à entendre notre maire tirer l’avenir de la musique à Lyon par une comparaison risquée avec le festival Sonar de Barcelone. Le rassemblement mondial des musiques électroniques aura lieu du 15 au 17 juin prochains et il faudra que je propose à notre donneur de leçon publique, sur ce qu’est un bon journaliste, de m’accompagner en Catalogne afin de lui montrer le chemin qu’il a encore à faire… au cas où il resterait à l’hôtel de ville dans deux ans. Ce que je ne souhaite pas. Clignez des paupières. Je suis dans une opposition qui n’existe pas aujourd’hui. Un faux bourgeois gauchiste, orphelin d’engagements politiques excitants et dans l’espoir d’un troisième homme pour les prochaines élections municipales, homme qui ne soit surtout pas Dominique Perben ou le petit prince actuellement en place. Clignez des paupières. Fake Oddity teste l’acoustique du lieu avec un premier mini-concert en hauteur pendant que nous rongeons nos ongles près des tables à boire, fermées jusqu’au top départ donné par la dernière note du groupe. Nadine Gelas et Patrice Béghain discutent « mode et soldes » à coutures retournées de l’élégante veste en velours Paul Smith portée par l’adjoint. Vale Poher et Scalde ne se lâchent pas d’une coupette et tentent de scanner le lieu pour me trouver un amant à manger en hors-d’oeuvre de cette mondanité piétinant tenanciers de labels à vendre et professionnels du taux d’alcoolémie incorrect. Greg de Jarring Effects est en plein jetlag suite à sa semaine passée au Midem de Cannes où « j’ai joué le J.O. sur le stand Musiques actuelles de la région ». Un paumé dans sa cravate ne comprend pas comment obtenir rapidement un drink alors que les dernières bulles jaunes éclatent sans relâche sur nos lèvres. Clignez des paupières. Anne Huguet ne sort jamais sans Thierry Prat. Ce qui pourrait faire jaser si Monsieur Infoconcert ne nous annonçait pas sa future paternité (qui le trouble mais l’excite) avec une autre femme. « Tu te vois père, toi ? » pointe-t-il. « Oui, parce qu’avoir un enfant peut permettre d’évacuer quelques questions sur sa mort », machiné-je en vidant un ballon de vin blanc cul-sec. Clignez des paupières. François Kanardo présente Raphaël Kuntz, graphiste surdoué (www.raphael.kuntz.tv), que je bouscule aussitôt d’un « vous portez la tête d’un homme inadapté, de l’autiste parfait ». Bien stable, il sourit malin : « Je suis un autiste perdu dans le volume ». Clignez des paupières, drunky dans la chambre d’un obsédé sexuel commandé sur Internet. L’écran du portable liste mes échanges ininterrompus depuis deux semaines avec « T1.Brestois« . J’ai pris l’habitude de mémoriser les numéros de mes amants avec les préfixes T1, T2, T3 et T4 (T pour que ces contacts sans importance apparaissent en fin de répertoire alphabétique et 1 pour les meilleurs jusqu’au 4 pour les improbables). T1.Brestois, Mr Bone, n’est pas un amant. Il est un amour possible, un mirage télématique agréable et obsédant. Ses courriels découvrent une chair photographiée. Ses textos exposent une attente partagée à distance. J’aime cette virtualité de l’amour incertain et sans touché. Un jour devrais-je me l’expliquer. Clignez des paupières. Vendredi, un rapide apéritif dans le local réfrigéré du collectif Dopebase incite à flashgorder au Modern Art Café pour une prise de position des PMP, parti politique improbable aux discours libertaires et aux goûts décoratifs douteux mais fièrement assumés. Dans un labyrinthe de cloisons en carton, Maxime tourne autour des curieux puis confesse : « Depuis mon divorce, j’étais plutôt sexuellement très sage. Jeudi dernier, à L’Ambassade, j’ai cédé à la baise d’un soir. Eh bien, le mec a dû sentir que je ne voulais rien de sentimental puisqu’il ne m’a pas rappelé. » La femme de toutes les belles fêtes s’assoit dans un salon factice et exige que l’on « cutte » une ouverture dans le faux mur. Alors, je lui dessine au marqueur noir une fenêtre close. Clignez des paupières. Sur de vieux tubes rocky insortables mais sélectionnés par le Goldenboy, l’abus d’alcool pousse les amusés contre ces couloirs flottants et les échanges s’accélèrent : Dj Poulet trouve Vivian Gâteau « très beau » (ce qui est le cas). Le vidéaste surenchérit et se vante d’avoir posé en slip devant l’objectif photo d’Aurélie Haberey, tandis que j’essaie d’être désagréable avec sa nouvelle girlfriend. Pierre-Marie veut danser sur The B 52’s ou Lio. Helena Roche se cramponne à la structure menaçant de tomber sur des gens indignes et joyeusement perturbés. Dehors, la glace ne connaîtra pas la chaleur de mon sang. Fermez les paupières.

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