À prendre

Prendre. Prendre. Toujours prendre. Les sens uniques me mènent au bord de quais sans larges issues. De l’autre côté des ponts, trop peu de chemins s’ouvrent. Je croise le monde, compose une certaine vie, souris parfois et nique le plus souvent.


Bien que rapproché (ou dans le corps) des autres, je me protège jusqu’à ne pouvoir donner que de la frustration. Comme un carnivore qui boit du rouge tiède et ne le vomit jamais. Rien. Rien à donner. Clignez des paupières. Il faut en passer par le cul des amants pour avoir droit au toucher de leurs tendres et intimes morceaux. Les premières fois, lorsque je caressais la peau de Mr Bone, je n’attendais de lui rien d’autre qu’un laisser-toucher de son corps, bien nécessaire à une sortie de zone pleine d’ennuis. Les premières fois, lorsqu’il me caressait, je ne savais que freiner ses mains trop proches de cette épaisse cuirasse d’égoïste choisissant la vie plus facile à prendre qu’à donner. Une semaine dans un lit avec celui qui bouscule tous mes temps pourris m’a réappris à rendre et plonger ma langue dans sa bouche sans retenue, ni peur de ce qu’il en fera. Clignez des paupières. Mardi, le hasard joue de l’amour au Vercoquin. En préparation d’un dîner pour une clientèle de duos reconstitués à la Saint-Valentin, Margalit Licht dispose mets délicats et toute sa douce générosité à notre table. « Je n’ai pas jugé bon de mettre du gingembre », plaisante-t-elle. Frédéric Sicre mélange un vin blanc dans nos regards noyés dans un ciel léger. L’état amoureux tire tout vers le haut. Clignez des paupières. Dans la Maison de la danse, Denis Plassard sort de caravanes virtuelles une bande de pantins pour un jeu de pieds sans tête, totalement ennuyeux, techniquement regardable mais d’une pauvreté chorégraphique telle que je passe mon bras autour du cou de Mr Bone et ne pense qu’à le biser. Avant de cligner des paupières, Patrice Béghain salue l’homme de toutes mes attentions puis demande : « Alors ? Il s’installe à Lyon ? » Nous flashgordons au Café 203 pour un drink de nuit à distance de Monsieur Robert, prêt pour une folle course vers d’autres lieux borderliners et fauchant tout échange de « Toi, moule ton cake ! » ou « Toi, occupe-toi de ton compagnon ». Clignez des paupières. Mercredi, le festival Nuits Sonores expose l’architecture de sa quatrième édition (du 24 au 28 mai prochains) sur le pont couvert de La Plateforme. Je me prends une bourrasque de Cart 1 qui questionne en amont : « Tu veux m’embrasser mondain ou comme un ami ? » à mon « Mondain » répondant, le grapheur signe un refus du salut. Peu importe, Isabelle Bertolotti apparaît souriante dans un mirage de bière. Super Pénélope affirme que « fumer des Vogue est passé de mode » même si Barbara Prost tire avec « snoblesse » sur une slim épaisse comme une allumette en feu. Avant une escale sur La Passagère, Vincent Carry pouponne sa future paternité avec Mon épouse et Cruz Poutre. « Elle s’appellera Colette », grandit-il. Clignez des paupières. Assis sur des lattes en bois vernis, Barbara et Denis-Fabien Corlin font tanguer la petite embarcation par chutes dans nos gorges de seaux remplis de houblon. Nos vrais parlers sur l’art, le sexe et l’amour nous dirigent, drunky, boire encore et jusqu’au déséquilibre dans la cale de La Marquise. Clignez des paupières à souffler un « Je t’aime » dans l’oreille du marin brestois de mes jours. Jeudi, dans la bonbonnière rococo de L’Avant-Première sursonorisée d’un This World de Slam, La Drôlesse et Julie B. définissent la cartographie mondiale de la branchaga, sans pouvoir affirmer si Berlin est déjà une ville du passé et Barcelone, morte.
Alors, nous fixons un voyage imaginaire pour Tokyo avant de flashgorder au DV1 sous pulsions d’électro minimales routées gentiment par Matthias Tanzmann. Mr Bone plaque tout son torse contre le mien et danse dans des frissons d’envies sexuelles. Clignement des paupières, l’un sur l’autre jusqu’à ce que fatigue nous coule. Vendredi, La Drôlesse conduit son deux-roues vers le Marché-Gare, suivie par mon « compagnon », fier comme un dieu sur un vélo’v. En suite à quelques moqueries à l’intention des « dreadlockeux » déambulant dans un couloir trop éclairé (à en croire que nous nous trouvons dans un lycée technique ou une salle des fêtes de banlieue), nous nous postons devant la scène. Là, Hyperclean branche les écouteurs sur des textes surréalistes et faussement stupides, pour un concert parfait et touchant. Et le public applaudit ou se fait des « câlins » sur ordre du chanteur toulousain. Clignez des paupières. Samedi, Christophe B.enjel et Primabella offrent un dîner arrosé de coupettes champagnisées, d’une ambiance d’opérettes abusives et des déhanchements putassiers de Dan devant des invités déconnants. À L’Ambassade, Jérôme et Paco se mangent des yeux au coeur du club piqué de lights tranquilles. Seul dans ce monde nocturne, je frotte mon amoureux, pourrais le déshabiller sur ce champ de danse confortable si un culotté rigolard ne nous arrêtait pas d’un « Y en a marre des couples ». Et je ferme les paupières, heureux. Totalement heureux.

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