Avant un Lyon-Brest

Il est plus facile de gratter le papier sur ses tourments que d’exposer sa légèreté. Je suis totalement heureux et amoureux de Mr Bone. La phrase est simple, courte et sans fioritures. Clignez des paupières.


Il est moins aisé de traduire les sentiments de ce jour à venir, mardi 7, où l’économie de la presse malade déplumera certainement mon encre de ces colonnes en papier. Voilà, depuis plus de deux mois, Lyon Capitale avance avec la motivation d’une équipe qui ne sait pas bien où elle va et qui a intégré que plus rien ne sera comme avant. Quel que soit mon futur (ou « no future » ») au sein de ce journal, je garderai des morceaux vifs de l’expérience à Puits-Gaillot. Clignez des paupières. En 1997, de besogneux dessinateur industriel à tirer des plans de centrales électriques, je devenais rédacteur. Pas journaliste. Rédacteur. Commencer par écrire sur la nuit puis glisser dans les maux de ma vie… et, un peu, dans ceux de ces noctambules si « frivoles », « fashion » et « chauds » selon les reportages des masses médiatiques. Me faire taxer d’« Éric Dahan des campagnes » ou apparenter à Alain Pacadis alors que ma sous-culture ouvrière n’a jamais trop goûté aux références. Clignez des paupières. J’ai appris à connaître tous les notables qui pèsent dans cette ville par leurs conformismes et étroitesses diverses (mais bons calculs relationnels) ou, par bonheur, leurs courages, sincérités et penchants borderline. De vernissages en spectacles ou d’apéritifs en boîtes à queues, ma statue osseuse et sans boulon s’est dressée au milieu de cette petite cour de l’inimportance. J’ai une signature que je ne pose jamais au bas d’un chéquier (interdit par ma chère enseigne bancaire) mais juste après le dernier point de l’article. Clignez des paupières. Je suis ainsi célèbre entre le plateau de la Croix-Rousse et la gare de Perrache. Autant écrire que je peux faire mon crâneur à coupettes balancées dans un banquet pour peopleux et papoter avec les plus grands des petits élitistes locaux. Certains adorent mon « style » même s’ils ne comprennent rien à mes mondes. D’autres ne croient pas ce qu’ils lisent ici parce que, lorsqu’ils sortent consommer de la fête, ils la trouvent rarement. Clignez des paupières. Dehors, la nuit n’est pas drôle. Elle laisse peu de place aux paresseux, à la lenteur et à la passivité. Elle porte la couleur qu’elle mérite : noire, obscure, violente, excessive, toute en rapports de forces, en frustrations lâchées, peines exagérées, rires artificiels et en visages glacials. Je l’adore juste pour ça. Sa foire à l’humain agitant son existence incomplète et espérant que les heures avancées lui porteront chance. Je la regarde, joue avec elle et ne m’en empare jamais. Trop dangereuse. Lulu du VertuBleu avait raison en me fâchant avec « Tu es comme le corbeau perché sur son arbre, qui fonce sur un fromage avant de remonter aussitôt sur sa branche. Tu ne vis rien, n’es qu’un spectateur ». Oui, je suis un spectateur-acteur placé sous protection de la peur de mourir. Et la peur se confond peut-être avec l’envie. Clignez des paupières. Les drogues et le sexe sont les maîtres de la pénombre. Alcools, bites actives, cigarettes, joints, ecstasy, parfums à séduire, poppers, cristaux de MDMA, seins découverts, cocaïne, gel dans les cheveux et breuvages médicamenteux font tourner le joli manège nocturne. Je ne suis sous l’emprise d’aucun de ces maquillages même si je les expérimente. La distance est trop forte. Le maintien en vie trop présent. Le pas-savoir-où-est-sa-place bien inscrit dans mes égarements et provocations. J’ai décidé de survivre et maintiens ainsi des limites. Clignez des paupières. Si ce texte est le dernier publié, je resterai fier de tous les écrits passés. Parfois trop lourds, tellement dans le énième degré de lecture qu’incompréhensibles, méchants imparfaits ou faussement mondains, ils me plaisent. Ils traduisent ma sincérité et cette naïveté que je chéris tant afin d’éviter de devenir vieux con trop tôt. Alors, avant un Lyon-Brest pour retoucher mon marin adoré, je suis serein et à toujours reconnaissant de l’espace de liberté offert par Jean-Olivier Arfeuillère dans ce journal. Même si notre collaboration n’a pas toujours été idyllique, il m’a aidé à grandir, à courir la ville, à connaître des instants fort précieux et lier des relations importantes. L’expérience était bonne à prendre. La tenue de ce mini-journal intime fut un grand plaisir. Clignez des paupières. Si l’avenir de Lyon capitale m’arrête, ce ne sera pas mon choix mais celui d’une nécessité économique qui rabote tout ce qui dépasse ou paraît inutile. Et je veux bien être inutile. Fermez les paupières.

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