Verrouillage

« C’est exactement comme lorsque tu vois un couple d’amis qui jouent les gâteux devant leur nouveau né : tu es content pour eux mais leur bonheur ne te touche pas. Il t’emmerde car il est égoïste. Trop récent pour être intéressant et s’ouvrir aux autres », compare Philippe B. en analyse de mon amour pour Mr Bone exposé ici.


Mercredi, à la force de verres-tourneurs alcoolisés, les réflexions naissent et grandissent sur table de L’Escalier. Chatte Rouge alimente mon goût pour les déboires de nos bouches. Entre l’anorexie « qui est bien assimilée par la société puisqu’on la considère soit comme une mode soit comme une maladie » et l’obésité « que l’on refuse totalement », l’amie que je pourrais avoir finit par nous baiser comme une soeur. Clignez des paupières. Les rires d’étonnements inaugurent la nouvelle salle du Balmoral et ses murs peints à l’éponge couleur saumon vif. « Ils ont heureusement gardé toutes les anciennes horreurs de déco », se soulage Patrick P. dans l’attaque d’une pizza crémeuse. Philippe considère que « la fidélité charnelle dans un couple est un réflexe adolescent, un peu immature. » Mon attachement à la naïveté enfantine, ma solitude cultivée dans le berceau familial et mon attirance pour les crimes passionnels et le cannibalisme m’assurent un profil d’amoureux excessif, jaloux et possessif. C’est l’amour unique ou le bordel total. Rien de bâtard n’est prévu entre ces deux. Dans la pureté des sentiments. Clignez des paupières. Deux longs tubes lumineux se parallèlent au dessus du parquet. Nourris des caissons à musique minimale, ils se remplissent et vident de blancheur comme de fins tubes à essais fragiles. Jeudi, l’exposition White line white du label allemand Raster-Noton se vernit ainsi en étage de la Galerie BF15 : dans une paisible contemplation de ces tiges siamoises et injoignables. Devant la porte d’entrée des arty, Vincent Carry porte au ventre sa Mathilde et précautionne : « À l’intérieur, Il n’y a pas de fumeur ? » Mon Épouse traverse la place des Terreaux chauffée par le soleil déclinant. Nous plaisantons comme au bon vieux temps. Comme si le futur était parti pour effacer nos anciens différents. Clignez des paupières. Vendredi, sur la passerelle de La Plateforme, Céline et Malik aident les videurs blasonnés de broderies policières à trouver leurs noms sur la guestlist. Bien rentrés pour rire, nous végétons sous la bâche blanche du pont avant de couler à coupettes overdosées sur un mix taraudeur et technoïde de Dj Koze. En cale pour flirter avec l’indignité, Yves Caizergues et Fred Gangneux se charges les mains de drinks à ne plus savoir comment tenir leurs cigarettes. Maxime exagère son name-dropping dans une de ces Nuits Mobiles : « Je suis enfin une people ! » Clignez des paupières. Il est trop tard pour danser rock’n pop gay au Dix Club et la soirée Middle Gender. Le videur me claque la porte au nez : « On ferme ». également en clôture, l’United Café n’arrive pas à désamorcer Christophe B. et Primabella en bousculade des dernières tapettes présentes et arrosant le comptoir d’alcool. À L’Apothéose, Christophe me serre et trimballe sur un dancefloor agité par Plastic Dream de Jaydee.
Primabella me colle, tout drunky : « Protèges l’amour que tu voues à Mr Bone. Verrouilles-le des mauvaises intentions qui viendront de l’extérieur. » Fermez les paupières avec une promesse de verrouillage.

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