You are the sunshine of my life

Tout ne tourne pas comme il faut dans L’Escalier, jeudi. Juste arrivé dans la ville, Mr Bone pose les enceintes de sa vieille hi-fi sur le comptoir.


La Drôlesse vide des sacs de fraises Tagada dans quatre corbeilles en osier et ventile le ibook, juke box à fichiers mp3, de ce ventilateur de poche qui centrifuge de petites diodes lumineuses en cercles disco multicolores. L’apéritif Ding Dang Dong monte les lèvres hautes par la gràce de quelques standards musicaux des années folles et l’idiotie de tubes rétro non mixés. Je reste les yeux fixés devant un écran listeur de titres à danser n’importe comment. Ma fonction de music selector est une grosse plaisanterie : ni un métier, ni un faire-valoir. Juste un instantané de ce présent à plaisirs et négligeant de l’avenir. Clignez des paupières. Dans ce manège pour grands gamins levant les bras pour choper la bête invisible qui leurs donnera un nouveau tour gratuit, Antoine Sève nous présente Lili-Jeanne, sa fille chérie et superbe preuve de son statut de papa fier en frime. Vincent Carry a laissé Mathilde dans le berceau par crainte que le rendez-vous ne sente trop l’alcool ou flotte dans une brume de tabac pipé en brume fumante. Je cherche le regard de Mr Bone. Mon amour me colle des baisers sur la joue et sourit : « Je suis déjà un peu drunky. » Clignez des paupières. Fred Gangneux et Yves Caizergues ne veulent pas démordre de leurs sucettes salivantes même lorsque France Gall biberonne la gainsbourienne : « Annie aime les sucettes, les sucettes à l’anis ». Dj Poulet formente un concept flou et impossible : « La prochaine fois, je prépare le mix de cette soirée et tu n’auras plus qu’à faire semblant de cliquer sur tes fichiers . » Peu séduit à la supercherie promise, j’accumule les erreurs de tempo entre un Blue Monday par New Order qui fera sautiller Patrick P, les vocalises de Luis Mariano entraînant Christophe B. dans un mime d’opérette et ce You are the Sunshine of my life à destination sonore de l’homme que j’adore. Clignez des paupières.
Jean de feu Meï Teï Sho rappelle les kids adeptes de la fumette au chant du Peuple de L’herbe. En caressant les fumeurs dans le sens du vent libertaire, le groupe ennuie. Et, vendredi, sans attendre la fin de ce concert pour adolescents rebelles au Transbordeur, nous laissons finir cette nuit modeste au bar avec A Jackin Phreak en plein fantasme sur un vigile baraqué. Clignez des paupières. « Vous formez un joli couple. Mais toi, tu es carrément plus beau que ton copain », ivrogne un gay provincial à l’épaule de Mr Bone, samedi à La Ruche. Puis m’adresse en rattrapage : « tu as la tête d’un baba cool mais tu dois certainement être intelligent et avoir du coeur. » Mr Bone conclut, hilare : « Ce qui signifie, en résumé, que je suis beau mais con. » Clignez des paupières. Entre La Marquise et La Plateforme, nos corps balancent sur des rythmiques soul et chaleureuses sur le dj-set de Mr Scruff ou l’énergie break beat, accompagnatrice d’une beuverie indigne, par Dj Pest et Redrum. La Drôlesse coûle sous du coca noyé dans le rhum. Julie B., Céline et Maxime ne veulent plus dormir et dansent à l’excès. Manu Cédat chasse la fille qui pourrait se caler à ses pieds avant de poser dans ses draps. Mon amour m’embrasse encore puis ferme les paupières, en couverture sur ses pupilles bleues vitrifiées par l’ivresse de ce temps de bonheur.

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