Sailor, don’t turn away from love

Plein d’amour. Sans argent. La vie est bien faite. Clignez des paupières. Mercredi, il pose son sac de voyage sur le parquet. Bascule droit sur le lit. Nos mains cherchent vite une entrée par la ceinture en accès délicat à nos peaux chaudes et frileuses.


Mr Bone m’étouffe le torse par serrage fort. Je l’alimente de baisers dans sa bouche. Cette nouvelle retrouvaille est un bonheur. Quatre jours à tourner exclusivement dans et autour des draps. Par bienfaits. Par manque d’argent pour aller s’aérer ailleurs aussi. Par ce premier accrochage douloureux. Clignez des paupières. Je suis un apprenti amoureux dépourvu de recettes face à ces inconnus variables : les sentiments nouveaux. Quatre mois à vivre ce que je ne connais pas avec l’homme qui embellit mes rêves dans l’éveil. Il est bien facile d’aller baiser dans un bordel avec une ombre déjà immobilisée avant même de l’avoir aperçu. Il est bien facile d’agir en beau parleur dans un concours de coupettes pour ballets mondains. Il est bien facile de décrypter le texte adressé par ami(e)s et rencontres courantes dont je maîtrise le langage familier et entrevois les intentions. Tout ceci est un constant réconfort. Lorsque ce n’est pas l’ennui qui regarde les aiguilles d’une montre. Mais l’amour qui arrive. Oui, cet amour fragile ? Qu’en faire ? Clignez des paupières. Dans mes inquiétudes face à notre avenir commun, Mr Bone borde le matelas à trop grande distance. Son visage se ferme. Je lui dis que ce n’est pas de ma faute, cette crise passagère de doutes, mon manque de confiance en lui. Que je ne peux faire autrement avec ce qui me semble normal dans les histoires à deux : connaître l’autre n’est pas une mince affaire. Le temps de fréquentation est long avant que le quotidien soit solide. Tout se passerait comme si l’inconnu appelait la méfiance qui se fait ensuite déloger par la confiance et le confort avant que les choses ne meurent si la surprise ne se fait pas une place dans un stationnaire devenu rassurant. Clignez des paupières. J’ai le savoir-détruire du mauvais passé. La peur d’une fin non-décidée, qui me cognerait la douleur dans une tête à flinguer, tente mon comportement à la destruction préventive. Tuer ce que j’aime avant que j’en souffre. Quelle bêtise. Clignez des paupières. Samedi, nous apéritivons dans la salle-couloir du Broc Bar (rue Lanterne, quartier Terreaux). La Drôlesse et Cécile Paris jouent, d’un sourire drunky, aux pestes intenables. Le patron de ce nouveau lieu à boire, qui n’a d’intérêt que sa belle terrasse, ausculte nos cinq derniers euros en pièces jaunes tel un petit orfèvre à vue défaillante. Clignez des paupières. Dimanche, le soleil froid traverse la fenêtre et se cale, blanc jauni, sur la joue gauche de Mr Bone, terrain d’embrassades en semis de jeunes poils bruns et durs. Ses lèvres poussent hautes. Ses yeux éclosent à demi. La journée s’annonce encore belle. L’ordinateur portable, en équilibre sur nos jambes allongées, tourne Sailor et Lula de David Lynch. Comme à chaque visionnage du film culte, une dernière scène nous rappelle à l’ordre important : « Sailor, don’t be afraid. Sailor, don’t turn away from love. Sailor, don’t turn away from love », souffle la bonne fée aux oreilles du héros, tenant présumé de l’individualité. Fermez les paupières.

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