Rasés à l’huile d’olive

Un rouleau de papier tire une trajectoire droite au dessus du vide. Les pieds feutrent en avant sur la voie ouverte et portent le poids du corps, les aisselles soutenues par les cables d’un fier parachute et, parfois, le dos bleui par une enclume recouverte de rouille.


L’allure est incertaine et le tissu menace de se déchirer à chaque centimètre pris. Jusqu’à ce que la tête tombe et le parchemin parte en serpentin tout au loin. Clignez des paupières. La fragilité occupe un bon rayon de ma caisse à soucis. Tout instant d’éclaircie peut précéder l’horrible suivant. Toute peine peut se faire jeter par une suite heureuse mais non connue. J’ai peur des choses mortes. Persiste à vouloir les voir et à vivre toujours. Clignez des paupières. Vendredi, des panneaux en bâches de plastique blanc peignent un long mur aiguisé sur la scène de La Maison de la Danse. Les danseurs du Nederland Dans Theater II sortent blessés ou affûtés de ces morceaux de toiles coupantes et anguillent des duos en lutte sans amour. Quatre pièces se juxtaposent dans une technicité parfaite mais ne répondront jamais à nos besoins d’émotions. La beauté des gestes est mal vécue et les corps ne semblent pas croire à ce qu’ils dansent. Clignez des paupières. Super Pénélope et Mr Bone soupent à La Maison d’Indochine (rue d’Anvers, quartier Guillotière) lorsque Frédéric Sicre prend verre à leur table. Nous imaginons l’avenir de la Rive Gauche, eldorado des sorties nocturnes « lorsque les îlots d’activités seront interconnectés entre eux soit dans une dizaine d’années » selon le maître-sommelier du Vercoquin. Clignez des paupières en un cul-sec de saké pour sauver la petite figurine sexy en fond de tasse. Samedi, nous craignions les crachats avinés de Costes en performance à Grrrnd Zero Party. Chemin pour rejoindre La Drôlesse au Marché Gare, Mr Bone imaginait déjà la jeune femme « aspergée de sperme et violée quatre fois par l’artiste. » En réalité, le quinqua accumule les provocations scato et sodo, se masturbe dans les creux d’une poupée gonflable, se plante une carotte dans l’anus pour vérifier s’il peut encore chier en public et hurle sa vie de triste pourriture. Insensibles à ce four froid, nous préférons rire des modes capillaires qui ravagent les visages des pentards en salle. La Drôlesse ne comprend pas « ces bouts de cheveux qui traînent au milieu de crânes rasés » ou avoue n’avoir jamais croisé de porteur de dreadlock sous le menton : « Ça existe !? » L’homme de ma vie, un kid allongé ivre à ses pieds, confirme et poursuit dans l’esthétisme du poil : « J’avais les mêmes pattes que le mec là-bas. Mais en mieux. » Clignez des paupières par éclats de batterie protopsyché de Duracell et agitations finales sur le live ethno drum’n bass laptopé par Filastine. Sans un euro en poche, nous flashgordons à La Marquise pour le dernier quart d’heure barcelonais d’Undo. Le deejay roule de belles mécaniques housy pendant que La Drôlesse bise Gilles Vesco légèrement drunky et qu’Yves Caizergues semble avoir trouvé fille à botter en couche. Clignez des paupières. Dimanche, en préchauffe du festival Nuits Sonores, les impatients devancent le long week-end de danse promis et se la coulent douce sur la terrasse de La Plateforme. Sous le soleil, Rico s’évente d’un air frais : « J’ai baisé des culs rasés à l’huile d’olive. C’était doux comme un ballon de baudruche. Mais, j’en ai assez de toutes ces femmes sans poil à la chatte. » Fermez les paupières.

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