Aux unis sons

Mercredi, badges et cartons d’invitations sortent des poches devant la Piscine du Rhône. Le décoince-fesses pour l’inauguration du festival Nuits Sonores terrasse jeunes pousses de l’électronica et peopleux habituels, tous décidés à s’alcooliser les veines et se tordre les chevilles sur les carreaux aquatiques.


À verres pleins, nous pistons les langues de vipères qui nous font rire dans ce type de rendez-vous. Mais aucune ne donne dans les ragots croustillants ou méchancetés d’usage. La jeunesse doit trop faire ses preuves pour s’adonner aux ricanements sur le dos des autres. Clignez des paupières sur un shooting accéléré de Claire Carthonnet puis Marc Renau, modèles en poses de plagistes sexy sur le bleu du sol. Au Port Rambaud, les kids franchissent les grilles et furètent la géographie des lieux à manger les sons promis. Une guirlande géante de néons multicolores ligne une frontière avec la Saône noire. Trois salles tombent des murs choyés par des vidéos haut de gamme et trafiquées par Faux Raccords. Des bars dans tous les recoins abusent des gros prix pour faim de riches (trois euros pour deux croissants) et la saoulerie commence. Clignez des paupières. En peine à trouver le bon dancefloor, La Drôlesse prend siège au bar pro et attend la bonne heure d’un Mathias Aguayo et Roccness parfaits et d’un exécrable Dj Hell qui nous fera cligner des paupières dans la déception. Jeudi, nous rattrapons les beats perdus la veille sur la rue de la Platière à bras levés sur la première claque musicale du festival : le duo Funkstorung démantibule les corps tassés d’un live tordant et craqueur de bleeps. Plus loin, dans le Skatepark de Gerland métamorphosé en Fight Club obscur, un ring suréclairé rayonne des coups de basses sur des têtes en girouettes. Clignez des paupières. Au Ninkasi Kao, une moitié des Wighnomy Brothers mime le gorille devant une salle hypnotisée par le meilleur mix trouvé dans ces Nuits. « Ce n’est pas facile à rentrer dedans. Mais une fois que tu y es, tu n’en sors plus », souffle Adrien transpirant. Clignez des paupières à demi-morts. Vendredi, Mr Bone prend le festival en route et se laisse embringuer au Maya Bar sous compression d’une foule joyeuse et d’un Gilles Buna nous infectant les narines avec son cigare brûlé au comptoir. Au Docks, Cécile Paris et La Drôlesse poussent des « Youli ! » de délires face à l’énergie communicative des filles d’ESG. Deux coupettes plus tard, Vive la fête massacre nos jambes à la tronçonneuse rocky et jouissive. Dans un élan étourdissant, nous allons même jusqu’à danser sur le mix d’Agoria qu’un mal bourré qualifie de « démagogique ». Clignez des paupières. Samedi, sous le soleil orangé tombant derrière Fourvière, Christophe B. et Patrick P. engagent des pas heureux en réponse à la douceur du temps et de la sensualité des morceaux choisis par Patrick Vidal à la Piscine du Rhône. Clignez des paupières. Au milieu des 7 700 navigateurs pour la nuit finale, Super Pénélope scotche devant les scratchings de Q-Bert alors que nous fonçons dans les murs d’enceintes explosées de rythmes sales et violents par Justice. Infatigables, nos poitrails se bombent une dernière fois dans les tourments terribles d’Abe Duque et la bastonnerie évidente de John Lord Fonda. Fermez les paupières sur un jour à couler le champagne en quai d’after improvisé puis se rouler dans l’herbe des Siestes Sonores.

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