Au milieu de ce nocturne joyeux

La bonne tenue des petits fours, pincés du bout des doigts et baladés toujours à l’horizontal entre deux gorgées de champagne, ne changera rien. Les amuses-gueules finiront évidemment broyés par des canines trop blanches et en miettes entassés à l’étage d’une vessie pleine.

Mercredi, la maison Cartier expose sa nouvelle collection de bijoux en or massif sur la terrasse de l’Apériklub. J’aurais dû trouver escorte pour le rendez-vous ennuyeux. Seul, je regarde celles qui se tâtent des maquillages sophistiqués aux bras de ceux qui pèsent la valeur esthétique de leurs compagnes dans le regard des autres mâles vulgaires. C’est toujours la même chose chez les lourds bourgeois : la femme est un objet du patrimoine à lustrer comme la tôle vernie d’un 4×4 noir. Si le luxe m’amuse, le simili-toc sans élégance me fait tourner de l’oeil. Pauvres riches castés sans classe. Clignez des paupières. Jeudi, les fous rires prolongés se mettent à table. « On fête les 52 ans de Yves (Caizergues)« , lance Cécile Paris Chaffard. En ivresse à L’Escalier, la peste vide une coupette et pianote des textos d’amour sur son portable. « Je suis amoureuse. Le problème est qu’il est déjà avec une copine qu’il va quitter pour moi. Et je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose. » Clignez des paupières. à bouchons de champagne pétés, nos maux de têtes disparaissent dans la légèreté et nos langues se vipèrisent. La Drôlesse contribue à la charge du couple Fred Gangneux et Yves, fraîchement unis par leur profession d’entretainers mais pacsés par notre bon vouloir-déconner. Clignez des paupières. En appartement, le temps passe sur des drinks alcoolisés et cigarettes polonaises pipées en accompagnement de nos déhanchés idiots sur le Vogue de Madonna. Dans un état général indigne, Prousty cligne des paupières au milieu de ce nocturne joyeux. Vendredi, mon cerveau panique. La courte absence de Mr Bone alimente ma paranoïa. J’ai peur. Mes pensées vont trop vite dans le faux. Et le goût de l’extrême repart au galop : je ne sais pas vivre dans le tiède, l’entre-deux tranquillisant. « Soit on vit à fond et avec passion ensemble, soit la relation n’a pas raison d’être dans le seul confort du quotidien uniforme », repique-je auprès de La Drôlesse dans le bus qui nous flashgorde à la Duchère. Sur la haute terrasse de la MJC, l’apéritif musical orchestré par Là Hors De calme mes angoisses. Sous un soleil en plongeon dans la Saône et allongée sur une chaise longue en plastique blanc, Aurélie Haberey conte sa prochaine exposition photo à Fiac, village proche de Toulouse, tandis que Ty Von Dickxit frime avec son nouveau sac à main de mémé. Clignez des paupières. Samedi, à peine ses bagages posés, Mr Bone me bouscule sur les draps. Nos corps se redécouvrent dans une bataille moite et joueuse, là où le sexe se partage dans un brouillon chaud en confirmation de l’évidence : plus l’amour progresse, meilleur la chair se mord. Clignez des paupières. Ensuite d’un souper juste bon à L’ultime, nous claquons l’argent qui nous fera bientôt défaut en fond de cale sur La Marquise. Pour avoir grimacé face au videur de La Plateforme nous invitant à ne plus fumer sur le dancefloor du pétrolier, mon beau marin bèque une Merit : « Quelle connerie ! Je plains la prochaine jeunesse qui va devoir vivre dans ce monde aseptisé. » Et nous accentuons les excès en danse facile avec Céline et Malik. Jusqu’à vider nos paquets de cigarettes dans des bouches-cendriers et fermer des paupières abîmées sur nos pupilles brillantes d’envies.

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