Stayin alive (1/2)

C’est un rituel. Seuls un accident intime, une phase terminale de précarisation et, plus naturellement, les signes avant-coureurs de muscles en vieillesse et une existence dirigée vers l’enfance (la nature et rien autour avant la mort solitaire) auront raison de lui.


Puisque je ne sais pas vivre sans musique et danse, le festival Sonar est ma maison, mon addiction annuelle aux sons qui tombent juste dans le corps. Clignez des paupières. Jeudi, en sévère expertise de la fashion mondiale communiant au MACBA de Barcelone, Fanfan Selenc confirme : « C’est ici qu’il faut être : du beautiful people et des gens décomplexés. » Sur la pelouse synthétique du centre d’art Catalan, les premiers festivaliers bullent l’air orageux et monte une tête vers le ciel gris. Nous ramons à suivre le programme du jour sur les quatre scènes à naviguer. Trop contents de crâner dans le coeur de la Mecque des musiques électroniques. Trois semaines depuis la préhistoire amusante des Nuits Sonores, les Lyonnais présents résument ce que l’on rate : « Shit And Shine était mortel. Quarante minutes à battre et nous allonger sur un seul morceau », sort du hall souterrain surpeuplé un habitué du festival. Plus attirés sur l’environnement, nous fixons Poupette, jeune inconnue anglaise au porté court de jupon et seins couverts d’un micro soutien-gorge. Poupette est « chargée » : titubante, dansant quand son cerveau lui demande et « étalon ultime pour les jours à venir de Sonar. Dans son état, vu les drogues qu’elle a dû prendre, elle ne tiendra pas la longueur », sourit Fanfan. Clignez des paupières. En nuitée sur la terrasse de l’Imax pour la soirée offerte par le magazine Vice, la nomenklatura internationale se jette sur l’open bar pendant que nous ronflons sur un live de Para-one imbuvable avant de se débloquer sur le toujours parfait mix de Justice. Clignez des paupières. Vendredi, après une fracasse pluvieuse, le signal sonore générique envoyé par la treizième session du festival est définitivement « disco and soul ». Au maximum de la générosité et des corps qui rigolent pour mieux bouger. Invités surprise, les Scissor Sisters provoquent l’hystérie collective : drôle et glamour, provocation queer et politique du groupe (« Une amie a eu quatre enfants : pauvre femme et son ventre (…) Faisons en sorte que le droit à l’avortement soit préservé ») ou excitant sexuel et salace joyeux (« Je suis heureuse de voir que la moustache est redevenue à la mode ») Totalement fanatisés par le concert, Fanfan prévient : « Si la suite est de ce niveau, on va mourir. » Clignez des paupières. La suite révélera un Senor Coconuts and His Orchestra faisant danser le cha-cha à une foule ondulante sur une reprise cuivrée du Smooth Operator de Sade avant la chute d’un soleil timide et nos clignements de paupières. Sous le hall d’exposition de Montjuic 2, des diodes multicolorent des rondes sur le tissage géant pendu en arrière scène. En avant, la série d’hymnes disco joués par Chic tire les oreilles des nostalgiques du Good Times ou Le Freak mises dans le bain d’une boule à facettes king size. Choristes parfaites et musiciens suants par percussions chaudes ou riffs psyché nous font cligner des paupières sur ce premier live nocturne.

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