Stayin alive (2/2)

Nous traversons « la patinoire », grand hall d’interconnexion entre les salles du Sonar où la foule des 30 000 partenaires à danser présente ce vendredi 16 s’égrène par petits groupes rieurs.


Là, une bouche avale un cachet d’énergie. Ici, assis contre une palissade, un spindoctor prépare, à main d’expert sur carte bancaire, une tournée de narinettes pour joyeux drogués. Clignez des paupières. Sur la piste recouverte d’un ciel de lumières artificielles, les fourmis danseuses bataillent à trouver bonne place auprès des murs d’enceintes qui pulvérisent partout un volume sonore rebroussant tous les poils de la peau. Dans ce réacteur pour tympans solides, Louise et Thomas éliminent leurs premiers drinks sur un live de Tiga oubliable mais correct tout en recoiffant les kids qui empiètent l’espace vital nécessaire à nos libres chorégraphies. Clignez des paupières. Nous nous ennuierons à secs dans les cordes hip hop d’un One Self monotone avant de mesurer notre fatigue à l’écoute de Dj Shadow, planqué derrière des rappers noirs insupportables. Clignez des paupières dans un minibus VIP climatisé qui nous dépose, tels des princes découronnés sur les dalles des Ramblas en frottis avec le cirage matinal du soleil levant. Samedi 17, de retour dans le four chaud du Musée d’Art Contemporain, nous pourchassons les nouvelles notes sur partitions multiples. Fanfan Selenc avoue cependant « qu’il faudra bien, une année prochaine, que les organisateurs nous donne un Sonar Vétéran. Pour tous ceux qui, comme nous, seront devenus trop vieux pour tenir ce choc. Il y aurait des tapis roulants pour passer d’un dj-set à un live et des espaces pour s’allonger et soigner ses rhumatismes » En attendant, nous ne lâchons pas prise du concert fabuleux joué par Fat Freddy’s Drop, formation de Nouvelle Zélande qui menotte les poignets d’un public heureux sur des fils pendulaires montés dans le bleu du ciel. Entre Deep House, reggae et dub pimenté de Soul music, le groupe ramasse la mise du meilleur moment musical du Festival. Clignez des paupières. Il y a dans ce rassemblement gigantesque pour amoureux de beats numériques, une générosité palpable et enveloppante. Un quelque chose qui relie la masse globale (81 500 personnes sur trois jours) et la fait communier en paix. On sourit aux inconnus. Les inconnus nous sourient. Sonar sera toujours une messe peu catholique (beaucoup de drogues et de zombies aux pupilles exorbitées) et présentant le meilleur de ce qui nous attend sur les dancefloors du futur. Alors nous en profitons et hurlons des « Youli ! » sur les titres disco ou techno old school du Kindred Spirits Soundsystem avant de repartir pour une dernière nuit à tout suer. Clignez des paupières. La course en têtes secouées déshydrate les corps sur le raffiné et pointilleux live d’Isolée, l’Italo-dance démoniaque en trempette dans des gimmicks Early House étourdissants des Pigna People (meilleur live de la soirée) ou les fusées hypersoniques tirées par Audion depuis son lanceur de rythmes électriques affolés. Sans relâche et en rejet de ce voisin ouvrant son poing vendeur sur un gramme de coke, je garde l’équilibre face au medley vidéo projeté par le toujours vénérable Diplo. Puis je cligne des paupières sur cette machine géante qui s’emballe et court trop vite dans la techno qui fluidifie le sang d’une foule extasiée. Passé un court sommeil, dimanche 18, nous rejoignons les insomniaques sur la plage barcelonaise et regardons le soleil faire ses adieux à nos pieds nus enfoncés dans le sable. Fermez les paupières.

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