Dans l’ennui du manque d’envies

Les manques sont des intouchables qui bercent les êtres par actions à reculs. Attendre ce qui ne vient pas annule toutes envies distrayantes et instaure l’ennui dans une réalité que l’on ne veut plus voir. Clignez des paupières.


Dans mon « estivation », en solitaire amoureux enveloppé dans une peau en sommeil, des mots vagues claquent aux tempes et incitent aux mouvements. Clignez lentement les paupières. Rejoindre, au plus vite, Mr Bone dans son chalet des Hautes Alpes. Faire l’amour sans relâche avec le meilleur amant, et ami certain, de ma vie. Partout. Partout. Ne pas considérer une histoire dans sa durée mais dans ses enchaînements. Ainsi, polir jusqu’à disparition mon raisonnement fatal : « Comme tout début a une fin, toute joie est condamnée à muter en douleur. Donc, ne rien tenter de positif qui puisse ensuite faire souffrir ». La mort est une fidèle amie qui a la chance de ne pas vieillir. Alors, sans lui demander son avis, elle patientera. Clignez des paupières. M’estimer et me respecter car je permanente mon illégitimité à réussir un bel ouvrage et à mériter reconnaissance. Je m’éfface à l’excès dans un trop plein de lumières ou sous les ombres nocturnes. Par manque de confiance en moi, me complais dans la peur de ne jamais être à la hauteur. Clignez des paupières. Faire cependant promotion de la primauté des erreurs. Dans cette société d’expertise et de surinformations, chaque phrase écrite ou prononcée vaut vérité indiscutable. Je chéris les faiblesses à douter et à pouvoir encore me tromper. Parce que mon environnement change sans arrêt. Parce que je change. Heureusement. Le lettrage au poinçon d’or sur marbre anthracite est réservé à la veillée des cadavres. Clignez des paupières. Profiter de l’été pour rire bêtement. Favoriser les discussions surréalistes au détriment d’échanges soi-valants cultivés et analytiques. Préférer l’action aléatoire à l’agitation cérébrale. À trop manipuler les codes et références de mes fréquentations, j’ai égaré l’éclat des heureuses surprises. Clignez des paupières. Se repolitiser. Reconduire les neo-facho hors des frontières. Broncher violemment lorsque la police devient gestapo et raflent les gosses dans les écoles. Dresser une oreille vigilante lorsque les prétendants au pouvoir suprême usent des mots « ordre » et « valeurs » comme promesses pour un futur paisible. Éliminer ceux-là par l’engagement et les urnes. Fumer là où c’est interdit. Plus encore, oeuvrer pour un certain désordre sanitaire. Clignez des paupières. Apprendre à laisser libre l’homme que j’aime. Inventer notre jeune couple sans le calquer sur un modèle calamiteux. Ne pas nous griller dans un micro-monde. Ne jamais s’enfermer. Surveiller et signaler les lassitudes possibles de chacun avant de glisser lâchement vers la sortie définitive. Clignez des paupières. Replanter mes racines familiales. Visiter ma grand-mère dans un hospice du Périgord. M’asseoir sur la tombe de ma mère et regarder le grand pré vert s’ombrager derrière la muraille du cimetière. Rester deux minutes debout face à celle de mon père. Me souvenir que je ne peux plus rien pour ces morts. Traverser le Massif Central dans un train au ralenti. Clignez des paupières. Me réveiller avant Mr Bone. Imprimer son corps en sommeil. Lui embrasser l’épaule tendue le long de sa joue. Caresser son dos large. Entendre son « bonjour ». Goûter sa langue et fermer les paupières en silence.

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