La fausse marche des peuples

Toujours pas. Encore rien à sortir dans une ville en cessation prolongée d’engagements. L’entrée dans le local actif nous tirera hors de ce laissez-couler serein qu’à partir du premier bond de la Biennale de la Danse adoubé aux vernissages en série dans les galeries associées au Septembre de la Photographie.


De nuits, il faudra encore danser seul dans son appartement ou partir pour les festivals Marsatac et Name (respectivement à Marseille et Lille du 21 au 24 septembre) ou L’Ososphère (à Strasbourg du 28 au 30). Car, ici, si le Bal Bollywood de la Biennale (au Transbordeur, le 16) sera le premier grand acte mondain de la saison, les dancefloors peineront à nous traîner ivres morts jusqu’aux petits matins. Clignez des paupières. Dans ce désert présent, je renifle l’air du temps. Quel avenir nous proposera-t-on ? Des machines à recyclages en série. évidemment. L’automne s’habillera années 50-60. Les femmes balanceront leurs têtes au carré. Les hommes devront tailler leurs moustaches dans tous les sens (mêmes si le porté de celles-ci commencent sérieusement à faire vulgaire). La dominance des néons et petites diodes multicolores et du métal brut argent ou or, soit de tout ce qui brille trop, remplira les yeux du lecteur-téléspectateur. Musicalement, la mise sous hypnose des hétéros rigides par la minimal house germanique se terminera, enfin, par une invasion de la Nu-disco scandinave et d’un rock jovial et psychédélique. En commun, la surcharge de sophistications dans la création et l’élégance au mille petits détails répondront à la loi invariable du marché. Clignez des paupières. Le marché est au beau fixe, vend-on. La croissance économique revient, exagère-t-on. Les pauvres resteront pauvres mais pourront continuer à baver devant les sourires des mieux fortunés. Mais tous suivent, et suivront, les modes selon ce rythme imposé : « Rigueur, retenue et sobriété quand le ciel est obscur » en ronde continue avec « Légèreté, ostentation et fantaisie quand le soleil brûle ». Les langues politiques qui ont trop tournées dans les bouches avancent que la société épouse ces cycles et se questionne, entre autres, grâce à la culture. Cependant, elles classent toujours en « culture » ce qu’elles ont définies comme disciplines « majeures » (la littérature, le cinéma, le théâtre ou la peinture). Et méprisent les causalités sociales des nouvelles musiques, du graphisme ou des styles vestimentaires. Selon elles, le discours verbal structuré autour des oeuvres « majeures » est totalement connecté aux chemins pris par une société. Et méritent ainsi attention importante, réflexions et discours. Elles ne veulent pas voir les sources de l’art abstrait inexplicable, le pourquoi d’un style musical générique sur les dancefloors, le comment telle drogue est en vogue en suite d’une autre (bientôt moins de fumée mais plus de narinettes) ou les motivations du vandalisme artistique et spontané d’un graffer sur un mur. Elles refusent de regarder la tenue « bitchy » d’une jeune banlieusarde en shopping parce qu’elles ne peuvent plus suivre le monde. Elles interdisent encore, par mépris et bonne chrétienté, aux corps de s’exprimer en sentences définitives : « populaire et vulgaire » ou « déviant et interdit ». Toutes ces langues mortes sont celles qui dirigent la fausse marche des peuples. Certaines, en France, viennent juste de finir leurs universités de rentrée partisanes. Fermez les paupières.

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