Le sens de la relativité

Trente minutes trottent sur la moquette de L’Amphithéâtre. Mardi, notre court passage à l’inauguration de la Biennale de la Danse présage une nouvelle saison de mondanités avec ces mêmes marginaux.


Carole Dufour en ronde nuptiale, pardon, commerciale autour des huiles officielles ; Monsieur Gérard Collomb qui prononcera un très beau discours (celui du grand absent Guy Darmet) sans recevoir l’apostrophe fougueuse de Sylvie Burgat (celle-ci avait dernièrement beaucoup fait rire en graissant le maire du titre de « visionnaire pour notre cité » ») ; Jacques Haffner en laissez-pousser capillaire « avant de se faire des petites couettes » , soi-buvant le plus drôlement blasé des pipoules ; Jacques Marcout, sans bronzage artificiel, à la cantonade grossière avec Patrice Béghain. Deux coupettes, trois cuillères dans les amuse-gueules, une bise pour Guy Walter et un mainserré à Philippe Faure avant de cligner des paupières. Au TNP, un « hi ! han ! hi ! han ! » tire le rideau de scène sur une ânerie hystérique entre Kim Itoh et son partenaire. Nu, les deux danseurs prennent leur verge pour des guitares électriques et miment des solos hard rock écervelés. En suite, « recivilisés » d’un costume strict, ils déroulent Kin-Jiki, pièce dont la scénographie d’une radicalité bien convenue ternit les fragments magnifiques où un corps se débat sur des jambes en trembles et pieds crampés lorsqu’il ne se liquéfie pas, sous peine, sur sol dur. Dans des jeux lumières évidents (au ciseau pour stigmatiser l’aliénation sociale en ritournelle avec du diffus lorsqu’il faut que l’homme se libère) ou l’accompagnement musical agaçant (du nerveux pour l’attention et un bon vieux Malher pour l’émotion), le duo japonais nous relève déçus. Clignez des paupières. Mercredi, le Ballet de l’Opéra rappelle à chacun le sens de la relativité. Et les impressions chagrines de la veille sur Kim Itoh se requalifient ainsi en un vrai enthousiasme. Car la bannière infantile « United Colors Of Dansons » tendue par Rachid Ouramdane et sous laquelle se racontent sept solos ennuie. Et l’emmerde se fige en trois mouvements de l’ensemble costumé Belle des champs par Tere O’Connor. Les singeries insensés du chorégraphe nous font glousser sous cape tout en prenant garde qu’aucun des spectateurs ne se balance d’un balcon, suicidé par étouffement devant ce pudding insoutenable, mauvais mélange de West Side Story et Hair. Clignez des paupières. Le sauvetage de la première semaine de Biennale accroche, jeudi, au Toboggan : La compagnie australienne Force Majeure implante un toit de maison enterré dans une scène en pelouse naturelle et irradie la salle d’une atmosphère lourde et freaky. Ici, les figures posées sont plus bavardes que les pas de danse imposés et les tuiles glissent et tombent sur des personnages accidentés et pas très nets du cervelet. Une création cruelle, infectée de peurs et démons, parfois maladroite mais importante. Clignez des paupières. Vendredi, je retrouve Fanfan Selenc, Paris Chaffard et Yves Caizergues pour la montée des marches de la Maison de la Danse avant le premier vernissage du Septembre de la Photographie, banal assemblage de galeristes mis sous clichés dans un nouvel acte événementiel. Les moyens formats de femmes cachées d’Aurélie Haberey et petites solitudes de Laure Bertin en rétine, je flashgorde pour une nuit à boire avec Samuel et Mr Bone. D’une bonne table offerte par Sam au Grain de Folie aux applaudissements pour Zébu en string ficelle sous un parapluie au Bistro fait sa Broc, nous fermerons les paupières, chargés d’alcools mais la chair et les sens actifs.

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