Le nain sur la boule à neige

Les femmes en blanc veillent les corps refroidis sur l’aluminium brossé de brancards roulants. Puis, elles entassent leurs mâles morts sur l’avant scène. Le charnier en pièce montée se vermine doucement jusqu’à résurrection de culs nus virulents sous une lueur ocre.


L’entrée en matière de Frenesi par L’Explose débute ainsi, lundi, au Théâtre des Célestins. Avant de recoudre les peaux dans une succession de séquences trop léchées pour devenir blessantes et où les danseurs peinent à maîtriser leurs muscles dans des luttes vaines et simulacres de virilités contrariés. Comme un long vidéo clip sans âme avec un beau nain au milieu de tout ça en alibi freaky. « C’est Frankenstein chez l’Oréal », abusera Prousty en sortie de salle. Clignez des paupières en compagnie de Pierre David et Gilles Pastor près d’une bouteille rouge sang qui dégouline sur la table du Café 203. Je dois être mauvais public. De celui qui cherche la création bouleversante à s’entêter pour toujours, l’effet terrifiant d’un Chris Haring lors de la dernière Biennale de la Danse ou la beauté suprême d’une compagnie Quasar en 2002. Mercredi porte chance : Les huit danseurs de l’Atelier de Coreografia tracent sur un tapis blanc des lignes droites parfaites, bâtissent des cloisons imaginaires avant de se glisser jusqu’à sol et faire patienter leurs ennuis. Ces premiers plans minimalistes se recyclent enfin dans des angles arrondis et terrassent lentement les corps en limaces inquiètes. Une heure pure et mouvementée au millimètre. Clignez des paupières. Jeudi, je glisse une main le long du cercueil froid. Ma gorge presse un sanglot retenu par le rouge aux yeux. Je baise mes doigts moites puis les pose sur le bois vernis. Celui qui nous traitait affectueusement de « bande de caves » est enterré. No comment. Clignez des paupières. Au Théâtre de la Croix-Rousse, dans une salle surchauffée à s’éponger les tee-shirts, Jan Lauwers ouvre des tiroirs à secrets et mensonges angoissants au milieu de fantômes persécuteurs et objets africains chargés d’histoires (mais bien morts). Dans La Chambre d’Isabella, extraordinaire création en mille feuilles, les corps dansent, titubent, chantent, se questionnent et enveloppent toute la scène. Chaque personnage suçonne nos chairs comme un petit démon rigolard. Et en fin d’histoire, le malaise est indétachable. Une oeuvre tellement riche et intelligente que l’on voudrait la revoir une dizaine de fois. Clignez des paupières à batailler dans un léchage d’oreilles et éclats de rire avec Mr Bone. En passant, vendredi, nous sortons d’un Noland turc consternant d’amateurismes et naïvetés. Comment une telle catastrophe chorégraphique se retrouve-t-elle programmée dans la Biennale ? Clignez des paupières. Samedi, au Musée d’Art Contemporain, nous quittons la belle expo japonaise et apéritivons un drink en plein ciel. Paris Chaffard interpelle Yves Caizergues pour l’organisation prochaine d’une soirée d’inauguration des nouveaux locaux de l’éclairagiste. « Un nain se posterait en bas des escaliers en secouant une boule à neige » formente Mademoiselle avant de flashgorder pour le Bal Electro sur les berges du Rhône. La Plateforme agglutine la Nomenklatura local du clubbing devant un court concert maniéré et pénible de Matthew Herbert. Afin d’oublier tous les fades remue-fesses posés devant les platines, nous concourons au titre du plus indigne des alcooliques insouciants. Et fermons les paupières, bouches empatées et foies gros.

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