Proches lointains et dépendances

Mardi, en bord de route pour le Ninkasi Kao et un concert gentillet de Peaches (photo), elle touche encore à mes manquements, à ce qu’une bavardeuse qualifiait, il y a un an déjà, comme le processus de mon « suicide social ».


Fanfan Selenc charge raisonnablement cette barque qui pique du nez dans les pensées troubles et la place manquante d’un travail alimentaire. Je suis heureux en amour mais perdu en société. Ici, j’aligne l’écrit entre deux colonnes en papier. Dehors, Mr Bone m’a rendu beau et en meilleure forme mais je ne sais encore pas quelle porte pousser pour grandir en plein soleil. La crise de mes trente-six ans ? En partie. Surtout les questions sur ce que ce jeune âge me fait vivre et tend à polir jusqu’à disparition. Clignez des paupières. Professionnellement, j’ai un pied dans le « milieu » pour devenir un « vrai » journaliste et recharner mes cotes saillantes jusqu’au premier du mois suivant. Mais ce métier précaire exige une curiosité de solitaire permanente : absorber le monde environnant pour le recracher, sensible, aux lecteurs. Or, je ne veux pas renoncer à l’amour d’un autre unique juste pour éponger, seul, les faits divers de la nuit tel un prisonnier officiel de la Nightlife locale avec les honneurs d’un titre de pacotille. « C’est moins trash », qualifie un habitué de cette chronique. Exact. Je ne préfabrique, ici, rien pour le voyeurisme. Je décris à mon rythme. Simplement. Clignez des paupières. Deux amis se choisissent pour un mise en connivences de leurs manques affectifs, centres d’intérêts et rythmes de vie. Le rapport amical à ceci d’opposé à la relation amoureuse : il débute sur l’identique. Et se distant au moment des différences. Depuis ce dimanche de février où je suis monté amoureux de Mr Bone, mes proches trentenaires et célibataires filent vers le lointain. L’histoire devient certainement, pour eux, bancale : l’ami n’est plus son même. Et, là encore, l’acceptation du changement est difficile. Clignez des paupières. C’est la première fois que j’aime autant. Ma dépendance à cet homme est totale. Et le vécu important. Samedi, la lune passe sa pleine tête ronde par la fenêtre du chalet dans les Hautes Alpes. Elle observe, malveillante, notre dispute de borgnes ivres. Si notre entente sexuelle est plus que parfaite, les incompréhensions persistent. Les questions pressent. Que peuvent construire deux pédés ensemble ? Comment projeter une existence heureuse à son entourage lorsque celui-ci considère que l’enfant est devenu adulte et responsable uniquement par sa capacité à torcher sa progéniture et construire son pavillon en pierres ? Sommes-nous suffisamment volontaires pour se soutenir dans nos difficultés à définir un futur proche ? Clignez des paupières. Un crétin satisfait de ses coucheries cosanguines me coupait la réponse à gifler d’un « votre amoureux n’est-il pas un peu trop mainstream pour vous ? » Un autre, fauche-assiette prétentieux, tournait des talons lorsque je lui annonçai : « Je vis avec un charpentier ». Certains considèrent mon présent comme exotique (ou sexuellement excitant pour un gay en mal de sensations singulières) : l’urbain présumé décadent ne peut pas vivre durablement avec un ouvrier hors du cadre mondain, étranger à ces microcosmes stériles et culturellement « supérieurs ». Pourtant, mes origines de bouseux campagnard assumées, je ne me suis jamais senti aussi proche de quelqu’un, aussi désireux de réussir notre histoire. Jusqu’à changer de ville et de vie. Jusqu’à ranger le passé dans la boîte à souvenirs. Sans regret. Fermez les paupières.

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