En direct du Texas

Mardi, les deux limonadiers cherchent les causes de cette morne saison nocturne.


Christophe Cédat, chieur sarkozyste, rengaine juste : « La spéculation immobilière incite les bobos à acheter des appartements dans des zones où se trouvent des bars. Puis, installés, à lancer des pétitions pour faire fermer ces établissements sous couvert de tapages nocturnes. Les rues nettoyées par les pouvoirs publics leurs offrent alors de belles plus-values dans la revente. » Et une atmosphère « place du village désertique » du plus bel effet pour une ville qui crie sa prétention d’Internationale du tourisme sur tous ses toits endormis. Le commandant-chef du Café 203 lance l’idée d’une réouverture autorisée des caves « qui permettrait de supprimer les problèmes de bruit. » Samuel Gesret s’interroge : « Quel lieu peut-on bien ouvrir pour vivre décemment ? » Sous l’arsenal des réglementations et interdictions, la réponse prend place sur la table : « RIEN ». Clignez des paupières. Jeudi, nous flashgordons au Transbordeur et un nouveau show de Philippe Katerine. Depuis la rentrée, j’ai plus maté d’artistes en concert que transpiré sur des dancefloors. Plus abusé d’alcool en soirées privées que fumé des Merit dans des bars à demi-vides et facturant un verre de bière à cinq euros. Ce mode alternatif de sorties ne me satisfait guère : Je ne suis pas, culturellement, un spectateur passif planté dans une basse fosse tel un fantassin qui focalise, en sens unique, la guitare d’un rocker et le micro d’une pop star. Je refuse, humainement, toutes forme de clan, de réunions entre amis qui excluent la rencontre d’inconnu(e)s. Clignez des paupières. En avant scène, Greg Duvernay frise sa barbe au bras de son amour, « une histoire avec quelques querelles et questionnements. Souvent le dimanche soir. » Thierry Pras tient à vanter les bienfaits de sa jeune paternité qui ne brideraient pas (encore) son besoin de liberté. Les deux hommes « casés » empruntent le corridor donnant dans la grande salle overbookée de trenta branchés et kids fanatiques. Lumière éteinte sur la foule, Katerine se dandine dans un caleçon boule-bite blanc, le reste du corps nu et recouvert d’une peinture bleu Klein, un Christ mis à dos en dessin sur son torse à poils. Pendant deux heures de musique parfaite, il empoche notre vénération en cabotinant sur nos intimités (peurs, envies contradictoires, bassesses sociales et tares modernes). Clignez des paupières. Vendredi matin, Aurélie Haberey conduit sa Polo blanche vers les bureaux de Là Hors De à La Duchère. Au bord d’une route du quartier en chantier, quatre flics municipaux visent, sourires fiers, dans un radar mobile. « On vit réellement au Texas », s’énerve la photographe face à ce qui nous semble une pure provocation policière dans cette période de réchauffement des banlieues médiatisée. La confirmation toujours plus notable que les petites incivilités, frimes narquoises et impolitesses courantes commises par les shérifs du Petit Nicolas tendent à favoriser une violence permanente. Clignez des paupières. À sa descente du train en provenance des Hautes Alpes, j’embrasse Mr Bone à 22h44 dans le hall de gare. Nous freinons nos touchés amoureux par un passage prolongé dans l’appartement de Jean-Sebastien. La fête privée agence de belles femmes lascives sur canapés, groupe d’alcooliques-danseurs et porteurs de drinks rigolards. Les foies rongés par une inondation de vodka, nous chutons sur le lit et fermons les paupières, torses chauds et jambes joyeuses.

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