Brigitte, t’es fatigante

La vieillerie nous pend aux jambes. La connaissance du jeune, et déjà vieux, milieu arty et de la House Nation sclérose nos prétentions à courir pour aller se faire voir ailleurs. Depuis plusieurs mois, notre entourage a d’autres priorités mal définies. Ou à définir.

« On ne sort plus beaucoup parce que c’est toujours les mêmes lieux avec les mêmes personnes vues et revues », s’excuse ce couple de la rue des Capucins. « Nous sommes dans la merde financière totale. Donc, nous levons le pied sur les nuits à claquer dans les bars », balancent directement ces deux autres adorables et aux abonnés absents des dernières fêtes électro de la ville. « Je viens d’acheter un appartement et passe la majeure partie de mon temps à le retaper », justifie Christian Jeulin lors d’une brève apparition dans un vernissage. « Tu me prends pour mort », me reproche Christophe B. qui ne met plus un verre dehors. « Voir ces lyonnaiseries me dépriment », textotait Super Pénélope depuis le Tapis Rouge de la rue Auguste Comte. Et les autres exemples de démissions nocturnes ne s’arrêtent plus. Pour raisons amoureuses, de gosses pondus, d’errances bancaires mises en correctionnelles ou projets sages et assureurs de futurs stables, les trenta, alignés sur les marques de l’âge, se recroquevillent dans un box clos. Clignez des paupières. Je fais partie certainement de ce lot converti au bonheur individuel, à la réussite de son passage vivant. L’histoire en route avec Mr Bone a non seulement changé ma gueule de mauvais garçon mais pousse surtout à emprunter des chemins plus constructifs. Elle donne aussi lumière à mes maladresses dans la liaison amoureuse et à mon enfantillage passé. Clignez des paupières. Nos vieux post-soixante huitards ont réussi à éloigner ma génération du pouvoir-vouloir en la couvant dans un trip d’adolescence prolongée. Bien oisive et dans l’expérimentation bancale permanente, elle ne devrait pas trop faire de l’ombre aux papys qui nous font consommer. Clignez des paupières. Mardi, un gymnase en préfabriqué et plafonné de tôles enferme une armada de kids clubbers qui pointent leur vingt ans d’âge sur de vulgaires t-shirts moulants et dans la frime cheesy. Proche d’une créature équivoque, sourcils épilés à la règle et yeux maquillés au noir fin, je questionne Christian Jeulin : « C’est une fille ou un garçon ? » Après quelques hésitations, et tout aussi perdu que moi face à cette mode grandissante de l’androgynie chez les post-pubères, il assure : « C’est un mec mais, dans le doute, tu peux toujours aller vérifier. » Refusant la pratique d’un touché rectal sur mineur, nous vidons un premier drink. Clignez des paupières. Thomas fleuronne avec Paris Cécile Chaffard sur l’amour et les dépressifs suicidaires pendant que Fanfan Selenc et Jérôme G. effectuent une estimation de leur alcoolémie sur le dancefloor. Et râlent, mauvais joueurs, sur le live de Vitalic jugé « pas terrible ». Pourtant, le Dijonnais superstar attrape les bras de la jeune foule pour les tirer jusqu’à décramponner les pieds du sol. En multicouches de beats martiales, décompositions synthétiques de basses rock et piques sonores arrondies, il détient l’impossible : une musique techno-disco suintant toujours autant le sexe gay. Clignez des paupières. Plaqué contre son torse, je chamaille, dimanche, avec Mr Bone. En fin de week end montagnard à gravir un sommet de sapin orangés, le bel amour repousse mes touchés abusifs : « Brigitte, t’es fatigante ». Puis ferme les paupières d’un large sourire.

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