Un vestiaire à chiens

Le mastic peint bave de l’encadrement pour tenir une vitre en floutage du monde extérieur. Le premier plan figé dans le détail d’un objet dégouline dans l’immensité vague d’un paysage connu mais devenu étrangement lointain.


Mercredi au Hilton, Michel Camoz accroche ses grands formats photographiques, remises en questions pertinentes de nos certitudes dans la connaissance des entourages et de nos tiraillements entre un nez collé à l’intime et des yeux noyés dans une vision trop large pour pouvoir tout comprendre de nos vies. Au vernissage de cette exposition du trouble, une armée de stagiaires, cameramen et assistants techniques se pressent dans les couloirs de l’hôtel, des médailles imprimées Nouvelle Star au collier de leurs prétentions stupides. Ici, le casting pour la préfabrication du radio crochet à paillettes se termine par les dernières auditions de pauvres kids, rêveurs d’un monde éblouissant dans lequel ils deviendraient nets. Et, pendant quelques jours, célèbres. Clignez des paupières. Nous trinquons en aparté de cette agitation superficielle avec Gilles Pastor, tout juste lauréat de la Villa Médicis et dans le flip de partir quelques mois travailler au Brésil. « J’aurais du présenter un projet pour Privas. C’est bien Privas comme destination. Non ? », sourit le metteur en scène alors que Super Pénélope formante un futur séjour sud américain. Clignez des paupières. Vendredi, après un couscous magique au Soleil de Tunis, nous stationnons au bout de la rue Neuve avec Manu Cédat. Le gentilhomme relate son séjour new-yorkais et confirme le cloisonnement rigide et tue-la nuit des établissements locaux : « Hier, j’ai du batailler pour rentrer au Barok Café. Une fois à l’intérieur, je me sentais comme l’intrus mal rasé au milieu de clones proprets. À New-york, tu pousses une porte de bar sans avoir à te demander si tu corresponds à une clientèle définies. » Clignez des paupières. En dépôt de drinks sur table au Café 203, Paris Cécile Chaffard présente son nouveau boyfriend et le love par touchés amoureux réjouissants. Face à elle, Jérôme G. est ailleurs, dans la douleur d’une séparation. À cet instant où la fragilité des histoires amoureuses s’opposent, je ne peux que boire à la bonne santé de mon futur avec Mr Bone. Clignez des paupières dans un nuage de fumée au Bec de Jazz, nouveau refuge merveilleux où toute rencontre prète à déconner. Samedi, de plein pied dans le terrain vague qui encercle le chapiteau du Riddim Collision Festival, Fanfan Selenc interroge Greg Duvernay : « Avez-vous prévu un vestiaire à chiens pour tous les dreadlockeux venus ce soir ? » Puis, curieux des nouvelles modes vestimentaires chez les « djeunes » alternatifs, nous scannons les têtes rasés avec implants de mèches rebelles et pantalons paramilitaires anti-sexe avant de faire couler quelques coupettes sur le dancefloor en compagnie de Céline et Malick (photo). Sous le rouleau compresseur drum’n bass d’Amon Tobin, nous clignons des paupières. Dimanche, Samuel insiste à la porte du Bunker Bar, le nouveau baisodrome gay remplaçant La Jungle. Le vigile nous claque : « C’est un club privé et ça ne va être possible ». Furieux de se faire refouler, Samuel énumère tristement le sectarisme grandissant du milieu pédé : « Si tu es accompagné d’une fille, le XL Bar te refuse l’entrée. Bientôt, tu seras trop vieux pour entrer à l’United Café. Si tu n’as pas la gueule pour te faire pisser dessus, le Bunker t’éjecte. Elle est belle la tolérance des gays. » Fermez les paupières.

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