Faire danser des dreadlockeux

Les mêmes, et une poignée d’autres, avancent en accordéon vers la place de la Comédie. Vendredi, la marche annuelle de lutte contre le sida rallie militants associatifs, des élus de gauche exclusivement (ceux de droite ne doivent pas connaître le virus immonde) et les habituels de cette micro-manifestation.


Trois cents noyés dans le flot des shoppineurs sur la rue de la République suivent une troupe de cirque. Aucune banderole. Aucun slogan. Une minute de silence assis sur les pavés. Trois minutes de bafouilles ineptes au ruban rouge final. Et notre moment d’engagement est ainsi rendu invisible par le collectif Eclas, incapable d’offrir une visibilité à cette journée sensible ou un discours politique fort. Pendant que Patrice Béghain souffle sur un vin chaud aux marches de l’Opéra, la divine Colette reconstitue sa cour d’autan, celle qui faisait de petites confidences et belles envolées éthyliques dans le vestiaire du Medley. Clignez des paupières. Les actions utiles se cotent sur le troisième Sida Basta initié par Les Subsistances et incitant les nuiteux au safe sex dans les bars. Déjà, dans L’Escalier musicalisé de goodies soul par Prousty, une jeune femme est poussée sur le comptoir et joue l’hôtesse du bien s’envoyer en l’air avec son partenaire. Le préservatif féminin déplié, touché et manipulé affole la galerie. Christophe B. demande « s’il peut être utilisé avec un cheval » tandis que les commentaires discréditeurs de l’objet encombrant se hurlent à tour de verres. La Denise, homme mondain en tout terrain, lie connaissance avec les belles gueules, fierace son prochain voyage pour la Thaïlande puis cligne des paupières. Les bouches collent des râles et cris libérateurs aux deux micros baladés dans la salle du Café de La Mairie. Ici, la compagnie Là Hors De lâche les capotes gonflés sur nos têtes et cette tournante géante d’éjaculations sonores excite les buveurs et lève un sourire heureux de Nathalie Veuillet. Clignez des paupières. Au Cosmo, je m’épuise dans un rôle de faux deejay devant mon vieil Imac. L’after Ding Dang Dong concentre une foule de kids dans le serieux de leurs âges, « 21 ans et demi » selon l’expertise de Fanfan Senlenc, et peu suiveurs de mes excursions musicales. Au risque de me faire lyncher, je déconnecte mes crooners 30s et gentillesses de la variété française pour brancher des morceaux fédérateurs. Gilles Pastor dévisage ma douleur et pousse à l’opération suicide : « Passe Dalida ou Sylvie Vartan. Peut-être qu’ils danseront. » Dehors, en pause-pisse sur le trottoir, je porte plainte auprès de Patrice Moore : « C’est trop difficile, le boulot de deejay. » Le professionnel, samedi prochain en mix all night long sur La Plateforme, se moque doucement. En sortie de piste, Super Pénélope tient à me féliciter pour « avoir même fait danser des dreadlockeux. » Clignez des paupières, le corps épuisé. Samedi, le PMP (Politique Modern Party) donne banquet de son décès chez Olivier Auguste. Dans l’atelier de l’artiste, la vingtaine de convives démontre autour d’une grande table carré que la mort peut bien se passer. En l’attendant bien patiemment, David Cantéra converse sur l’enfance et l’art avec Dominique, future Madame Goldenboy. Puis tous digressons sur l’inceste, ma rencontre prochaine des parents de Mr Bone, la sodomie, la bonne tenue dans un mariage, la fidélité et autres sujets impossibles. Jusqu’à fermer les paupières.

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