Mon beau grand-père.

Mon grand père est le seul mort que j’ai vu. J’étais suffisamment « grand » pour aller le voir avant la fermeture du cercueil. Et il est mort rapidement à 88 ans, sans violence ni douleurs extrèmes. A la morgue, il avait l’air tranquille, tout pale et beau. Mon grand père a toujours été beau. Une tête de mule, paysan un peu arriéré qui s’imaginait toujours au temps des métayers. Mais intelligent. Sa grande aventure de vie fut lorsqu’il était à l’armée. La seule expérience hors du Périgord et ses terres. A l’armée, il intégrait la fanfare du régiment et jouait du saxo. Aussi plouc était-il, il avait un truc qui brillait dans son regard et une capacité d’écoute que même mes contemporains instruits n’ont pas. Gamins, avec ma soeur, on faisait souvent des crises pour qu’il sorte « sa musique » et nous joue quelques airs. Son saxo est le seul héritage qu’il m’ait légué. Ses dernières années de vie, il les passait assis au bout de la table de la cuisine. Je lui parlais et il me disait, sans douleur mais juste parce qu’il en avait assez d’être ici : « Tu me fatigues, je veux mourir ». Dans son cercueil, il était enfin là où il voulait être. Cela ne me fit pas pleurer. Le seul mort que j’ai vu. Et cela m’a fait du bien. N’ai pas vu mon père mort mais sa mère me raconta la scène de la morgue où on lui exposa le corps recouvert de feuillage, des fourmis sortant de sa bouche (il s’était pendu dans un bois). Ma tante, la seule ayant vu le corps de ma mère, ne me parla jamais de l’état dans lequel il était après le crash. Ces deux morts là, j’aurais du les voir. Pour ne rien imaginer d’autres que des morts. Cela m’aurait peut-être fait du bien.

0 comments on “Mon beau grand-père.Add yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*