Auto-stop.

Il faudrait que je me lève un matin. Que je prenne mon sac à dos et que je fasse de l’auto-stop pour aller ailleurs. Où ? Je ne sais pas. La dernière fois que j’ai fait du stop était pour le chemin de retour Montceau-Les-Mines / Lyon. C’était lors d’une crise de couple. Mr Bone s’était barré chez ses parents. Je devais être fauché. Je l’ai appelé en lui disant que je venais chez ses parents. Il n’a pas répondu mais y suis allé tout de même. Arrivé sur place, il est venu. Il m’a conduit dans un sentier. Nous avons marché sans nous parler. Nous nous sommes assis dans un champs. Lui, évidemment, a fui en se perchant dans un arbre (c’était son truc que de grimper dans les arbres). Puis est redescendu. Finalement, nous nous sommes enlacés. Nous nous sommes embrassés. Nous avons fait une grande promenade dans les sous bois puis avons fait l’amour dans un petit espace d’herbe ombragé. Puis il m’a ramené sur la route. M’a laissé comme un con en me lançant : « Au moins, vu ce que l’on vient de faire ensemble, tu ne feras rien avec la personne qui te prendra en stop » (en gros, « vu que tu as la bite pas propre, tu ne baiseras pas »). J’ai trouvé la remarque assez puante de la part d’un amour qui me lachait pour la énième fois et m’avait trompé plusieurs fois sans que j’eus l’idée une seconde de le tromper. Peu importe. Une golf sombre s’arrête. Au volant, une femme. Jolie. Trentenaire. D’origine nord africaine. Souriante. Elle s’arrête quelques mètres après m’avoir pris en stop à une station service. Elle descend. Puis reprend le volant. « Vous faites quoi par ici ? On ne vient pas à Montceau par hasard ? » Je ne sais comment dire les choses. Mais le principe de l’auto-stop est qu’il faut parler à celle ou celui qui vous prend. Je lui explique que j’étais venu régler quelque chose ici avec un proche. Elle me répond qu’elle venait visiter sa mère. La route défile quelques minutes sans que l’on se parle. Puis je lui explique la situation : que mon mec m’a plaqué, que je suis venu à Montceau pour le reconquérir une nouvelle fois. Elle rebondit et commence à me raconter sa vie amoureuse : qu’elle bosse dans un gros labo parisien, qu’elle a eu un amour, un amant, que son histoire avec lui fut compliquée et maintenant terminée. Elle ne prend pas l’autoroute Mâcon/Lyon mais la Nationale. Elle déroule son histoire : que son mec, avec lequel elle bossait, la trompait avec une secrétaire blonde, qu’elle le savait et qu’elle voulait tout de même sauver son couple. Que l’autre lui a promis que c’était fini avec sa blonde alors que cela n’a jamais été fini. Qu’il lui demanda d’avoir un enfant avec lui afin de prouver qu’il l’aimait et voulait aller de l’avant avec elle. Puis. Puis. Et là, je me suis dit que les crises de mon couple qui ne souffrait que d’un truc classique et con, l’adultère, n’était rien par rapport aux saloperies que l’humain était capable de faire à autrui. Elle me raconte que, enceinte, son mec lui demande d’avorter parce que, finalement, il ne se sent pas prêt pour être père. Elle entre en clinique pour se faire avorter. Elle avorte. Et le jour même, le type vient la visiter et lui dit : « C’est fini. Je te quitte ». Et il la quittera. La route continue de défiler. La femme me raconte toute sa vie sans broncher. Avec une voix très calme et sans crochets dans la gorge. Elle me dit qu’il faut vivre pour soi. Qu’il ne faut pas essayer à tout prix de garder quelque chose que l’on sait pertinemment perdu. Je la regarde. Je ne dis rien. Je devrais refaire du stop.

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