Valide.

J’oublie en permanence que je suis un homme valide et en bonne santé physique (mises à part mes crises d’anorexie). Ce soir, à la sortie du bureau, je suivais, dans la rue, une fille : joli visage lorsqu’elle tournait la tête, corps rond et pas gracieux, et la démarche de ces personnes qui ont un handicap. Elle marchait en boitant avec ses deux pieds naturellement (ou pas) tournés vers l’intérieur. Je la regardais sans pitié mais avec cette pensée assez malsaine : « Quel est le quotidien de cette fille ? Moi, hein, je marche, je n’ai aucun handicap physique, visible, dans la vie. Je suis un taré du cerveau mais mon corps marche ». Cette scène m’a renvoyé à une autre. Ma mère avait la sclérose en plaques. Je l’ai vu, au début de son traitement, dans un état physique pas enviable. Puis elle a lutté. Jusqu’à sa mort, elle était, d’apparence, sans handicap physique. Mais lorsque j’étais kid, elle m’emmenait régulièrement chez une femme, dans un village. Je devais avoir 9 ou 10 ans. Chez cette femme, atteinte de la maladie également, tous les murs de sa maison étaient bardés, à hauteur de bras d’une personne assise, d’un rebord en bois. Parce qu’elle était en fauteuil roulant. Parce qu’elle ne pouvait rien faire sans un appui. Rien faire sans l’aide d’autre chose ou de quelqu’un. J’accompagnais régulièrement ma mère voir cette dame d’une quarantaine d’années. Cela ne me dérangeait pas parce que je savais que ma mère voulait aider cette femme, parce que cela faisait partie de sa vie de malade que d’aider les autres.

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