Sur les photos de vases.

Le signifiant de ce que l’on peut exprimer par écrit, par l’image, nous échappera toujours. M’échappe en particulier. Lorsque j’étais journaleu et tenais chronique hebdomadaire sur ma vie, mes mondanités, mes coups de gueule et de coeur, ma vie sexuelle et mes positions politiques, j’ai parfois eu des retours en face à face assez surprenants pour ne pas écrire décontenançants. J’avais beau fuir mes lecteurs fidèles, je me retrouvais parfois nez à nez avec eux. Et ils me parlaient de ce qu’ils ressentaient via mes écrits. Parfois, c’était encore plus juste que ma pensée. Parfois, c’était totalement à côté de la plaque. Parfois, c’était une interprétation assez originale. Ces échanges m’ont permis de comprendre que ce que j’écrivais m’échappait. Par exemple, mes lecteurs « hétéros » voyaient souvent de l’universalité dans mes propos tandis que mes lecteurs « pédés » y voyaient du cul et rien que du cul. Sur Facebook, j’ai l’impression que c’est un peu la même chose : poster une photo de bite n’est pas, pour moi, un « tiens, tu as vu comment il est bandant et sexy » mais plutôt « tiens, voilà ce que peut faire un gay avec un autre gay ou sur quoi peut fantasmer un gay » ou « tiens, voilà, ceci est un homme objet » (comme une femme peut être considérée comme femme-objet). Il n’y a pas de fantasmes ou de projections sur l’image. Juste montrer. Montrer à mes friends hétéros, largement majoritaires dans mon carnet de friends Facebook et dont certains ce sont défriendés parce que « tu comprends, Gaspard, mes enfants peuvent voir ces bites », le concret du sexe gay, le concret du sexe tout court. Quelque part, ma vie sexuelle a toujours été publiquement politique.

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