Ne jamais se sentir à sa place.

Je suis descendu de nombreuses fois dans la rue pour montrer mon désaccord, mon soutien ou ma rage. Et, plus que souvent, je ne me suis jamais senti vraiment à ma place. Par exemple, j’ai participe (jusqu’à ce que mon cerveau parte en vrille) à toutes les marches du 1er décembre pour la lutte contre le Sida. Je me retrouvais avec une centaine de personnes, souvent sous la pluie, à remonter la rue de la République face à l’indifférence totale des passants plus obsédés par la nouvelle vitrine de Zara que par le sujet brandi par quelques engagés. Quand je regardais les visages des participants, leurs façons de se parler ou de se mettre en rang pour la manifestation, je voyais bien que, moi, séronégatif et pas touché directement par la mort de proches, j’étais un peu le petit pion pas à sa place. Mais quand même à sa place. C’était le même ressenti lorsque j’ai fait les manifestations contre le CIP : une foule d’étudiants et moi, juste un trenta journaleu pas concerné (mais concerné) qui se lie de combat avec eux. Mais pas, non plus, à ma place. Mais quand même à ma place. La même chose pour les manifestations contre la « réforme » des retraites : au milieu de syndicés qui devaient sûrement avoir un travail plus sûr que le mien et toujours pas à ma place. Mais quand même à ma place. Pareil pour la Gay Pride où je marche souvent à côté des plus excentriques parce que j’aime bien ce carnaval gay. Mais mon look basique fait que je ne suis pas à ma place. Mais quand même à ma place. Plus certainement, là où je n’étais pas à ma place, ce fut lors d’une manifestation pour défendre les droits du peuple palestinien : je n’ai pas aimé du tout ces relents antisémites qu’une gauche soi disant humaniste affichait. Cela m’a définitivement vacciné des manifestations dans lesquelles la religion peut s’inviter. Ce que je veux écrire ici, en somme, c’est que lorsque certains disent : « Oh, les manifs contre la réforme des retraites, ce ne sont que des fonctionnaires qui défilent » ou « la gay pride, je ne me reconnais pas dans ce rassemblement de vulgarités », c’est une mauvaise excuse pour ne rien défendre. On n’est jamais vraiment à sa place dans une manifestation parce que chacun y va avec ses idéaux, ses rages, ses propres points de vue. Il n’y a pas de manifestation « tout le monde est au pas et pense exactement la même chose ». C’est bien l’intérêt d’une manifestation : réunir des personnes qui se sentent toucher par un sujet et veulent montrer au Pouvoir d’Etat qu’ils ne sont pas d’accord. C’est souvent une union avec le plus faible dénominateur commun. Mais une union où finalement chacun a sa place.

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