Trou (1).

Je pense pas mal à la terre, ces derniers jours. Pas la planète mais la terre, la matière. Ce soir, en rentrant du bureau, je me souvenais de mon enfance dans ce village du Périgord. Mes parents avaient acheté une immense ferme en forme de U ceinturant une cour où nous jouions avec ma soeur et les chiens. Nous étions les nouveaux sur les terres des paysans. Et il n’y pas plus charognes qu’un paysan au sujet des terres. Ma mère a toujours été dans la tendance « propriétaire expansionniste » soit dès qu’elle apprenait qu’une parcelle proche de la maison se vendait, elle achetait. Et forcément, elle était suffisamment finaude pour griller la politesse aux agriculteurs du coin. Ce qui créait quelques tensions avec le voisinage campagnard dans le genre « Et que je te déplace ton grillage pour grignoter sur ton terrain ». En réponse : « Et que je t’appelle le géomêtre pour borner tout ça et te signale à la gendarmerie ». Même type conflit, lorsque, des années plus tard, elle aura ce même comportement de grande terrienne en Bourgogne sur la propriété qu’elle achètera avec sa part d’héritage du pater mort. Je garde de merveilleux souvenirs de cette enfance à la campagne. De très cruels aussi. Mes parents se fightaient sans cesse. Mon père, alcoolique et multi-pensionnaire de cliniques de désintox, gueulait tout le temps lorsqu’il rentrait défait à la maison. Les voisins, les paysans, qui adorent s’occuper des affaires des autres quand il ne se passe pas choses suffisamment crasses chez eux, avaient pris l’habitude de venir écouter depuis une cave située en contre-bas du plein pied de la bâtisse, les échanges violents entre mes parents. A plusieurs reprises, mon père les découvrait, insultait et poursuivait les fuyards avec l’envie de frapper. Trop jeune pour tout comprendre, cela me semblait cependant « pas bien », que notre « famille » de merde soit épiée par ces bouseux. La chose la plus infecte est venue après le suicide du pater. Nous avions un berger allemand, « Loulou » qu’il s’appelait. Chaque soir, nous le laissions sauter par dessus le portail de la cour pour faire un tour dans le village. C’était une habitude très cadrée, le chien ne vagabondant jamais. Juste le soir, pendant un petit moment, on lui donnait le signal et il partait puis revenait peut être une demi heure plus tard. Un soir, il partit. Puis revint. Mais au lieu de sauter le portail, il restait dans le chemin. Nous l’appelions. Il fit une tentative de saut sans succès. Nous l’appelions à nouveau et il finit par se retrouver dans la cour puis dans la cuisine. Là, il tomba raide et commença à pisser le sang. Je me rappelle très précisément de cette scène. Mon chien en train de pisser le sang. Ma mère appela le vétérinaire. Mais je crois qu’elle savait ce qui c’était passé. Le chien est mort dans la nuit. L’autopsie réalisée, le lendemain, conclut : tripe perforation du thorax à coups de ce qui pouvait être une sorte de fourche. En fait, ces batards de paysans, nos voisins tout proches, avaient tué notre chien. Aucun d’eux ne vint nous dire que notre chien avait peut être fait une connerie, avait peut être été menaçant. Rien. Ils l’ont tué juste pour se faire plaisir de nous faire mal. Depuis, j’ai toujours gardé pour les paysans une forme de mépris, de peur peut être. Ce sont des personnes capables d’une cruauté sans pareil, autrement plus violente que celle que peuvent nous faire parfois subir les bouseux citadins. Le paysan peut être d’une amabilité introuvable dans les villes mais également une sorte de monstre primitif qui n’a absolument pas conscience du mal qu’il peut faire mais qu’il fait quand même.

0 comments on “Trou (1).Add yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*