Trou 2 (sur la terre).

Lorsque ma mère est morte, j’ai reçu un coup de fil de ma grand mère mater. Elle ne me demanda pas si je tenais le coup face à l’accident. Elle me dit seulement : « Je veux que ma fille soit enterrée dans le caveau familial ». Sur l’instant, je ne savais pas quoi lui répondre. Ma soeur n’était toujours pas arrivée de Boston et j’étais trop perturbé pour lui répondre quoique ce soit. J’ai raccroché. La question de l’organisation des obsèques se pose forcément lorsqu’une personne crève. Mais cela devait me sembler totalement hors sujet et j’ai écourté l’appel. Lorsqu’on vous dit « Votre mère est morte dans un accident de voiture à Saint Laurent de Chamousset », savoir ce que l’on va faire du corps est une question qui ne vous traverse pas forcément l’esprit. Bref, ma grand mère avait émis son désir. Ma soeur ? Elle devait sûrement être comme moi soit s’en foutre. On est cependant vite rattrapé par le concret. A la morgue, un croque-mort s’est présenté avec un catalogue afin de nous faire choisir le modèle du cercueil. A l’hôpital dans lequel stationné l’ami de ma mère blessé dans l’accident, nous devions régler son devenir dans la maison familial et aussi cette histoire de mise en terre. Ma soeur s’en foutait. Moi, je n’étais plus en état. Il fut décidé que le corps ferait le voyage de Saint Laurent de Chamousset au cimetière familial périgourdin. J’ai juste exigé que je ne voulais absolument aucune breloque ou merde funéraire autre que des fleurs fraîches sur le caveau familial, à tout jamais. Que personne, mais personne, ne pose ces trucs immondes en plastiques ou céramiques sur le ventre de ma mère morte. Et également que la cérémonie soit réduite à aucune autre personne que la famille, cette famille de merde. Le côté mater signa. Et ma mère fut descendue dans le trou mater. Plusieurs mois plus tard, j’ai compris cette maladresse de ma grand ma, cette demande brutale et indélicate pour récupérer le corps du mort. Mes grands pa’ sont tous paysans, agriculteurs, des personnes attachées à leurs terres, qui ont besoin de finir sur leurs terres, de se décomposer dans leurs terres. Je n’en veux pas à ma grand ma’. Cela me fait juste bizarre d’avoir une mère dans un caveau familial et mon père, seul dans une parcelle qu’avait achetée ma mère. Lorsque je vais, rarement, sur la tombe du père, c’est étrange : il y a une croix « A mon cher Epoux » et quelques merdes ou plantes sur le côté droit de la tombe. Et rien, le vide total, sur le gauche, celui destiné à sa femme. Lorsque je vais, rarement, sur la tombe de la mère, c’est tout un bordel pas possible sur la dalle parce qu’il y a huit ou neuf personnes sous terre. Et j’ai du, deux ou trois fois, mettre à la benne située à la sortie du cimetière toutes les merdes en plastiques ou souvenirs de Lourdes affreux qui avaient pu y être déposés sans que jamais personne, ensuite, ne me fasse le reproche. C’étaient mes conditions. Et ils n’ont qu’à les respecter.

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