Normalités exemplaires (1).

Ma mère a été fille-mère à 19 ans, engrossée par un homme marié beaucoup plus âgé qu’elle, qu’elle aimait mais que mes grands parents ne voulaient pas comme gendre possible. J’ai cru comprendre que ces derniers ont mis la pression pour que la « batarde »a, ma soeur, soit rapidement reconnue par un père, mon père. Et le mariage fut célébré, ma soeur, à peine âgée d’un an, présente sur la photo de groupe. Et, je présume, les grands parents furent soulagés que tout rendre dans le bon ordre, la normalité avec ce beau mariage arrangé. Enfin presque dans le bon ordre. Mon père baisait un peu tout ce qui bougeait et a laissé quelques traces dans des foyers. C’est lorsque je fus ado que ma grand mère pater et ma mère me dirent : « Une telle est biologiquement ta demi-soeur ou celui-là, ton demi-frère ». Cela fout les jetons, ensuite, lorsque vous croisez ces personnes. Je me sentais tout con d’avoir, pas loin, à portée de vue, une personne qui m’était étrangère, totalement, mais pas tant que cela puisque nous avions le même sang. Mais je n’ai jamais pris ces faits comme une occasion d’aller faire connaissance, d’aller parler du père biologique commun. Les histoires de sang, ce n’est pas du tout mon truc. Et ces personnes n’étaient pas ma famille comme ma soeur n’était pas ma demi-soeur mais ma soeur. Lorsque l’on est élevé ensemble, avec deux ans de différence, on ne peut pas considérer sa demi-soeur autrement qu’une « vraie » soeur. Pour ce qui était du couple, la relation entre ma mère et mon père fut une succession d’engueulades, parfois de coups physiques portés par lui sur elle, ou de situations totalement glauques : lui, alcoolique, hospitalisé deux ou trois fois dans une clinique de désintox et elle, développant une sclérose en plaques, hospitalisée à de multiples reprises dans un CHU limousin. J’ai, très jeune, été un habitué des hôpitaux, des salles d’attente, des visites d’une mère à demi morte ou d’un père en tenue de bagnard tout shooté. En fait, j’ai grandi au milieu de tout ce merdier jusqu’à ce que le père est la bonne idée de se pendre et la mère de finir dans un crash routier. A part ça, tout va bien. Si j’écris cela, c’est surtout par rapport à tout ce discours puant, et blessant, sur la « famille », sur le « un papa, une maman ». Connerie, tiens. Je suis persuadé que si il existe, heureusement, beaucoup de familles calmes et heureuses, il existe aussi, hélas, beaucoup de familles crades, déséquilibrée et déséquilibrante pour les kids. Voire pas de famille du tout. Je ne vois pas comment j’aurais pu être dans un environnement familial pire que fut le mieux si j’avais été élevé par deux lesbiennes ou deux pédés. J’aurais sûrement été mieux habillé, aurais connu Dalida plus tôt et ma culture camp aurait été bien plus riche qu’elle ne l’est aujourd’hui.

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