Blancs.

Je viens de passer, à peu près, deux heures dans la salle de bain. Pour tailler ma barbe. Me tondre les cheveux. Puis nettoyer tous les poils tombés au sol et ceux nichés dans les coins. C’est certainement, le rasage, le seul moment pendant lequel je suis obligé de me regarder plus de trente secondes. En voyant la tondeuse faire chuter mes cheveux gris ou le ciseau batailler avec les poils blancs du menton, je pensais aux handicaps physiques et psychiques qu’étaient les miens. J’ai du avoir mes premiers cheveux blancs vers 15-16 ans. Ensuite, le gris s’est mis rapidement à ronger le brun. D’abord sur les tempes puis un peu partout. Cela ne m’a pas plus surpris que cela : mon père, à ses 33 ans, portait le poivre et sel intégral. Je n’ai connu mon grand pa’ pater qu’avec des cheveux blancs. Les Billat blanchissent vite, ai-je très vite compris. Pour les rendre vieux plus vite et ainsi les pousser vers la sortie ? Pas sûr. Si le pater a décidé de crever en poivre et sel, mon grand pater a choisi de casser sa canne à 88 ans. Ce qui est un bel âge. En me regardant dans la glace, je me suis également rappelé qu’il était compréhensible que je sois taré léger (ou profond, c’est selon les moments) : avoir un père alcoolique violent qui finit par se pendre, une mère développant une maladie incurable que j’ai vu passer dans tous les états physiques jusqu’à se prendre un pare-brise explosé dans la gueule et finir dans un trou, cela n’aide pas vraiment à faire d’un mec, un type super équilibré aussi costaud soit il. Et si on rajoute à cela que le parcours identitaire a du se faire en sachant qu’il fallait que j’assume ma péditude, le résultat n’est forcément des plus joyeux et positif. Je me demande, maintenant, quand arrivera le jour où j’aurais les cheveux totalement blancs. Je ne suis pas parti pour voir ce jour.

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