Mourir sûrement sans avoir le courage le faire brutalement.

Le fond ? J’ai pu penser toucher le fond, il y a un peu plus de six ans maintenant, quelques mois après la séparation avec Mr Bone, lorsque je buvais comme un trou dès la sortie du bureau, lorsque je pleurais régulièrement, je sentais ma chair souffrir par l’affect, la douleur de la perte, l’abandon par l’autre. Et puis, tout a coulé progressivement : plus personne pour me soutenir parce que, à un moment, ce n’est plus intéressant le mec qui plombe l’ambiance et plombe le besoin de rire. Plus personne pour les hugs. Plus personne pour une sorte de suivi « Au fait, Gaspard, tu t’en sors comment ? Ca va ? Et le job ? La santé ? Tes projets ? » Plus rien de tout ça. Tout se plombe en continu, sans sursaut. Aucun. Je veux mourir. Et dans cet objectif, aucun allié ne peut se présenter, ne veut être complice. Parce que je n’ai aucun courage, je laisse couler. Plus d’ami(e)s. Plus de confident(e)s. Plus aucun regard d’autrui sur mon quotidien. Moins l’on me regarde, moins je me vois. Plus j’oublie que je suis une personne. J’ai de moins en moins de ressentis et de plus en plus d’envies de sortir définitivement, soudainement. « On ne te regarde plus donc tu ne sais plus qui tu es » pourrait résumer la situation. En 2014, j’ai perdu mon appartement pour me retrouver dans une cave (un autre qualificatif ne pourrait pas convenir tellement ce résidu humide ,de 11m2, en rez-de-chaussée, au fond d’une cour sans air, ne peut être qualifié autrement). Je suis dans une cave sans aucun repère « culturellement », meublée sans rien de moi. Vide de moi. A l’image de moi : rien, vide de sens. En 2014, j’ai commencé à en avoir marre de mon taff pourri, de ma voix mise en batterie sur un plateau de phoning pour un job accidentel devenu un job de miséreux. C’est la première fois de ma vie que je subis mon job, que je regarde continuellement l’heure, en bas, à droite, de l’écran pour me demander quand vais je sortir de cette merde pour regagner une autre merde. Je n’avais jamais connu cette situation. Avais toujours été capable de partir avant de subir. Mais la négation de mes possibles capacités fait que je reste à ma place, que je n’ai aucune confiance et élan à tenter quoique ce soit d’autre. En 2014, j’ai décidé que je ne devais plus avoir de relations sexuelles, que je n’avais plus rien de séduisant, d’excitant. Ma vie n’a rien d’excitant. Ma bite peut être. Sûrement même. Mais ma bite a toujours marché avec mon cerveau. Et mon cerveau est malade. Il me dit que je suis rien. Que je n’ai rien à vendre pas même en surface. Dès lors, depuis des mois, je me contente de me pogner sur Cam4 pour passer le temps et évacuer ma nervosité. Je suis incapable de baiser parce que je suis incapable de ressentir quoique ce soit pour un inconnu. L’inconnu m’indiffère. Le connu tend à me rendre indifférent tellement je suis transparent et sans contact intime. En 2015 ? En 2015, je pense que la suite logique de ce suicide mal fait sera de me plomber physiquement, de laisser mon corps se faire attaquer par ma négligence, par une qualité de vie pourrie. Et je suis sur le bon chemin depuis quelques semaines. Ce que peuvent faire les autres ? Rien. Rien. Juste regarder. Les autres, j’ai compris depuis quelques années qu’ils ne pouvaient rien faire et, souvent, ne voulaient rien faire.

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