Construction / Destruction (ou comment je me suis trompé).

J’ai rencontré B. lors d’une nuit de gay pride, la première à Lyon, en 1996. Il me mit une main au cul au bar du Village Club (feu club mythique devenu le DV1 Club) et je trouvai l’acte tellement culotté que le goujat me plut. Ce ne sera que quelques semaines plus tard, je ne sais plus où, qu’il finit dans mon lit. Je me rappelle très bien de la scène vu qu’il ne pouvait pas baiser sans sniffer du speed tous les quarts d’heure. Je commençai une relation régulière avec B. Je l’aimais beaucoup avec ses coups de gueule, sa force, sa gentillesse apparente et ses agissements un peu bizarres. Un soir, je l’invitai à dîner aux Terrasses de la Tour Rose. L’époque était confortable financièrement pour moi et j’aimais bien aller au sommet de l’hôtel de luxe pour dîner. Le repas fut parfait. Nous partîmes. Et, à peine la porte vitrée fermée, B. se planta devant, face à la réception et se mis à pisser sur la porte. J’étais géné mais c’était drôle. Et c’était un peu tout lui. Le temps passa entre baises à deux (voire à trois) et petites sorties nocturnes jusqu’à un rendez vous dans un restaurant. B. m’appela pour me demander si je voulais passer prendre le café dans un resto mexicain de la banlieue (Presqu’île). Il était avec un « ami » et ils en étaient au dessert. Je vins les rejoindre. Saluai l’homme assis en face de lui. Et B. m’annonça que cet homme était son amoureux. A partir de cet instant, les choses changèrent. Je refusai ses avances et me posais des questions sur notre relation : soit je lui piquais son mec soit je ne baisais plus avec lui. Parce que je ne suis pas du genre à satisfaire le confort bourgeois de couples insatisfaits de leur sort et qui ont un amant caché dans un placard. Parce que le triolisme, je ne sais pas encore faire et ne suis pas sûr de savoir faire. Finalement, nous sommes devenus amis, très bons amis avec quelques rares dérapages sexuels incontrôlés. J’ai rencontré P. via mon travail. P. et un de ses potes tenaient un site internet tapiole.com très très drôle. Une nuit, je fis leurs connaissances dans un bar et me fis tout petit face à l’admiration qu’ils portaient à mes écrits dans le journal pour lequel je bossais. Toujours très mal à l’aise face aux compliments. On se recroisa plusieurs fois ensuite sans trop discuter, juste des salutations souriantes. Pour fêter l’anniversaire du site rigolo, les deux organisèrent une petite fête sur une péniche. B. m’appela, ce soir là, pour me demander ce que j’avais prévu de faire. Je l’invitai à me rejoindre sur la péniche pour boire quelques drinks. Et c’est ainsi que B. rencontra P. Les deux commencèrent à se voir, à baiser ensemble. Tout semblait bien rouler. Et cela ne me dérangea pas le moins du monde. Sur la base de cette relation, je vis P. plus souvent lorsque B. m’invitait dîner chez eux. Au journal, je reçus l’appel d’un parisien qui me proposait d’animer les pages « Lyon » d’un magazine pédé gratuit. Mon directeur de publication insista pour que je réalise ses pages (« ca te fera un peu d’argent en plus » ou un argument du genre). Perso, ça me gonflait d’aller faire la tournée des bars gays pour shooter des mecs lors d’une soirée tequilla machin ou Mylène Farmer Special. J’ai accepté mais n’ai tenu que deux mois. Entre temps, je contactai P. qui allait arrêter Tapiole.com et lui proposai de récupérer le bébé. P. était plus branché par les clubs et lieux gays que je pouvais l’être. Il sortait d’une relation de plusieurs années ultra pépère sans sortie ni excès et vivait un peu une deuxième adolescence via sa relation avec B. et les sorties. Et il accepta volontiers ma proposition, petit sésame pour boire à l’oeil et se faire un petit nom dans le milieu gay. Puis vint la relation avec Mr Bone. Nous sortions beaucoup, même si c’était beaucoup moins que lorsque j’étais journaleu. Nous fréquentions B. et P. Bref, tout allait bien. Mr Bone, dans ses infidélités, me rendait parano et les conflits étaient à répétitions. L’un d’eux survint lors de l’anniversaire de B. où il y avait plus de drogues dans l’appartement que d’alcools. Forcément, en fin de nuit, tout le monde montait dans les tours. B. dragua directement Mr Bone qui rigolait. Je pétais un câble pour finir par me prendre la tête avec Mr Bone sur les terrasses de la Guillotière à 8h du matin. La drogue, c’est pas bien. En suite de la séparation, B. et P. furent présents, ne me lâchèrent pas, m’aidèrent, B. de façon plus distante que P. qui fut là tout le temps, le dernier à supporter un dépressif profond. Puis B. et P. se séparèrent dans la douleur. B. devint hystérique et violent envers P., lui réclamant une somme d’argent dont il lui avait fait cadeau jadis. Et plus maintenant. Et lorsque P. décida de ne plus répondre aux provocations de B., ce dernier se retourna vers moi en me chargeant. P. me dit : « Ne le prends pas pour toi, tout ce qu’il te balance. Il fait ça en espérant que, par ricochet, il pourra me revoir ». Au milieu des deux, je n’étais pas super super bien. Du jour au lendemain, P. me lâcha. Je crois qu’il en avait un peu marre d’un « plombeur » comme moi. Ma vacuité ne l’aidait pas. Je ne lui apportais plus rien. Je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi m’avait-il soutenu aussi longtemps dans ma dépression. Et après réflexion, je me demande si il ne m’a pas simplement rendu la monnaie de ma pièce : Je lui ai donné une petite réputation. Je l’ai présenté à toutes mes connaissances naturellement. Lui ai ouvert quelques champs amicaux. Ce que j’écris là n’est pas prétentieux. Juste que je me rends compte que lorsque j’étais socialement actif, que j’avais un statut public, j’ai toujours fait en sorte que les gens se rencontrent, qu’ils se connaissent, qu’ils s’aiment. J’en ai aidé certains. Et descendu d’autres. Tout ça sans calcul. Juste parce que j’aime les gens. Et puis, je devais aussi avoir la position de l’influent local qui n’avait pas forcément besoin de calculer ou de jouer de relations pour exister. Ca change pas mal de chose que de n’avoir rien à prouver et de pouvoir dire « merde » à qui on veut. Bref, j’ai perdu P. La perte de B. viendra quelques mois plus tard. Dans la merde financièrement (deux loyers de retard), B. m’avança un mois en me disant « Tu me rembourseras quand tu pourras ». En août, il me propose de travailler avec lui sur ses chantiers pendant une semaine. Tous les jours, 8h-19h, à faire le manoeuvre. Ce qui m’allait bien. Pas de thune et le travail manuel me vide le cerveau. Il me paya une misère tout en épongeant ma dette. Puis B. me prêta, de nouveau, le montant d’un loyer (500 euros). En septembre, il vint dîner avec son amoureux à l’appartement pour mon anniversaire. C’était cool. Nous fîmes un barbecue de poissons sur la terrasse et la soirée fut vraiment bien. Au dessert, il me dit : « Avec Th., nous souhaitons t’offrir le loyer qu’on t’a avancé comme cadeau d’anniversaire ». Je fus vraiment touché par cette générosité. Les semaines passèrent. B. me chargeait parfois par textos au sujet de P. Son père mourut. Il consulta un psy. Il fut parfois très cru par rapport à ses angoisses et tristesses alors qu’il est plutôt du genre « séducteur permanent » à fieracer. Puis je vis, à chacune de mes visites, chez eux que le mec devenait ingérable. Trop d’addictions diverses avec la mauvaise foi du mec qui se planque pour consommer. Là, je me suis dit que ça craignait. Je lui ai parlé. Lui ai dit de faire gaffe. Il s’est emporté. J’ai fermé ma gueule. Il faut comprendre que lorsque mentalement, on est faible, il est difficile de soutenir, de contrer, de porter les autres, aussi bien P. que B. Au final, j’ai jeté B. en me disant que je reviendrai vers lui si j’arrive à redevenir normal un jour. Plus l’énergie. Trop violent pour moi. B. est devenu fou furieux, m’a harcelé sur le même mode qu’il l’avait fait avec P. : « Tu me dois de l’argent, raclure. Rembourse moi ». Je lui explique qu’il m’avait offert le loyer prêté pour mon anniversaire mais que si il avait changé d’avis, je pouvais lui rembourser mais en petites mensualités. Il refusa. Et m’insulta, me menaça tous les jours via ma messagerie ou par textos. Jusqu’à ce qu’il se calme. Parfois, j’ai des messages comme celui posté précédemment. Ca me blesse. En fait, ca me blesse de m’être trompé sur la nature réelle de ses « amis » perdus. Pour P., je me dis que, même si je ne lui sers à rien maintenant, il aurait pu continuer à m’appeler de temps en temps. Pour B., j’ai cru trop longtemps que dans son « le Mal VS le Bien », au fond, c’était le bien qui l’emportait (alors que c’est un être profondément malveillant).

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