C’est quoi, une ville ?

Je m’emporte souvent contre la politique menée par Collomb à Lyon. Et dernièrement contre la rénovation de l’Hôtel Dieu (photo) qui a été lancée en fin de semaine dernière. On fait d’un ancien hôpital, une sorte de galerie marchande « patrimoniale » avec un hôtel de luxe et des Zara, Apple Store & co (enfin, si ils veulent bien venir payer le loyer qui leurs sera demandé). En soi, je ne suis pas contre la privatisation du patrimoine architectural qu’il soit historique ou industriel. Reste à savoir ce que l’on propose. Lyon a connu, récemment, deux échecs de rénovations sous la houlette de la Mairie (Les Subsistances puis La Sucrière) alors qu’un privé remplisse un lieu, pourquoi pas. Prenons, les deux échecs : un site militaire retapé à grand frais par la ville alors qu’elle ne savait même pas ce qu’elle allait faire de toute la superficie gagnée. Un « laboratoire culturel » fut installé puis, pour le reste, on a ramé pour y déménager l’école des Beaux Arts. Ca, c’était sous Barre. Sous Collomb, on a eu droit à La Sucrière, site industriel, qui devait être plus ou moins un lieu d’expos et d’animations (lesquelles ? ils ne le savaient pas trop eux-mêmes). Au final, le site est mis en concession à l’ami de GL Event. Alors qu’Eiffage récupère l’Hôtel Dieu, on pourrait se dire que c’est bon pour les finances de la ville. En fait, toutes les villes rasent et ripolinent « gratis » en privatisant. Lyon, Bordeaux, Nantes, Montpellier, Nice, Lille, toutes ces villes avec des maires de droite ou de gauche à leurs têtes se font belles pour attirer investisseurs, emplois, touristes, réduire les coûts et fanfaronner. On ne vit plus au moyen âge, époque où chaque ville avait ses petites rues crades et son festival folklorique. Nous sommes dans l’internationalisation des villes, dans le copie-collé qui emmerde sévèremment. Je m’en fous qu’une ville soit jolie et qu’elle aie des chantiers tout le temps pour bien montrer que la cité « bouge », « grandit ». Ce qui m’inquiète est la gentrification des villes, la mise au même niveau socio-culturel (tout le monde habillé pareil, ayant les mêmes goûts, les mêmes pratiques, les mêmes habitudes). Une ville sans diversité s’appelle un village. Un village, c’est plouc land, l’ennui. Pour revenir à l’Hôtel Dieu, cette rénovation se fait en se foutant de l’humain. Contrairement aux Subsistances (site militaire fermé) et à La Sucrière (site industriel non public), l’Hôtel Dieu a vu passer des centaines de malades, de naissances et de consultations. On est sur un site où l’humain fut le plus heureux, le plus malheureux. Et on en fait une galerie marchande. Bravo. La métamorphose, l’embellissement électoral, est le parfait exemple de la destruction de la valeur « humaine » au profit du ripolinage commercial, à la vente en pièces d’une ville. Il y n’a aucune vision pour le collectif, aucune prétention autre que faire joli et vendeur. Franchement, à un moment, je partirai à la campagne. Au moins, je saurai où je suis réellement.

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