La France, un si beau pays.

Je sors du bureau et pédale jusqu’au Sendoré, le bar d’Elise et Ouelid à deux pas des facs Manufacture des Tabacs, pour acheter des clopes. Ouelid a l’habitude d’employer des jeunes toujours souriants et agréables. Ce soir, une fille et un homme tenaient le comptoir. Le serveur est noir. C’est un détail qui a, ici, son importance. Devant moi, un homme, gros déformé par l’abus de sucre et de graisse et proche de la trentaine, paye ses Malboro par carte bancaire. La jeune femme prend ma commande, tend le paquet pour un passage au code barre à son camarade. L’autre client se dirige vers la porte de sortie et lance un « A plus, négro ». Je suis tétanisé par ce que je viens d’entendre. « Négro ? » « Négro ? » Je vois le jeune noir sursauté. Il me regarde. Sourit gentiment. Je ne bouge pas. La fille me regarde en se demandant pourquoi je ne me barre pas. Je regarde le jeune homme. Il continue de me sourire et dit à sa voisine : « Non. Rien ». Puis, en ma direction : « On a bien entendu la même chose ». Moi, toujours immobile et scotché, me demandant si, à tout hasard, les deux ne seraient pas potes et auraient une façon très singulière de se parler : « Euh. Pardon. Vous vous connaissez avec l’homme qui vient de sortir ? » Le serveur : « Non. Non. On ne se connait pas ». Je quitte le tabac. Prends le vélo noir et remonte le cours Albert Thomas en voyant le bâtard entrer dans une allée d’immeuble. Je grogne intérieurement un « Gros porc de merde ». Nous sommes en France, à Lyon, en 2015.

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